Le Rwanda clôt le chapitre des « Gacacas »

Il n’y a désormais plus de « Gacacas » au Rwanda. Les autorités ont décidé lundi de mettre un terme à ces tribunaux populaires créés en 2001 pour juger les auteurs présumés du génocide. Un système judiciaire qui n’a pas convaincu les ONG.

Inspirées de la justice traditionnelle rwandaise, les « gacacas » ont été créées il y a dix ans pour juger les génocidaires. Elles désignaient à l’origine des assemblées villageoises dirigées par les plus anciens pour résoudre les petits différends entre villageois. Les autorités ont décidé lundi de mettre fin à ces juridictions populaires fondées sur la parole et l’aveu des coupables. Ces derniers se réunissaient autour d’un juge disposant d’un bureau et racontaient leur version des faits. Leurs aveux ont permis la découverte de nombreuses fosses permettant aux familles des victimes du génocide de faire leur deuil.

Pour Kigali, les « gacacas » ont permis avant tout de juger de multiples personnes en peu de temps. Au total, 12 100 « gacacas » ont été créées, a précisé le gouvernement. Elles auraient jugé près de deux millions de personnes, pour un taux de condamnation de 65 %. « Nous avions trois choix, a affirmé lundi le président rwandais, Paul Kagamé. Le premier, le plus dangereux, était le chemin de la revanche, et le deuxième celui d’une amnistie générale. Mais nous avons choisi la troisième voie, la plus difficile, celle consistant à traiter la question une fois pour toutes et à rétablir l’unité et l’intégrité de la nation. »

Les Gacacas contestées

Les ONG n’ont pas été convaincues par le système judiciaire traditionnel. Elles l’ont longtemps pointé du doigt, réclamant sa suppression. Pour Carina Tretsakian, experte du Rwanda chez Human Right Watch à Londres, «il y a eu plusieurs lacunes et plusieurs faiblesses du système ». Selon elle, « l’un des problèmes principaux, c’était que les accusés n’avaient pas droit de se faire représenter par un avocat de la défense, par exemple. Les juges de la gacaca étaient élus par la population locale, donc c’était des personnes qui n’avaient pas de formation en droit et pourtant étaient censées juger des dossiers extrêmement sensibles et complexes ».

Carina Tresakian dénonce aussi « des tentatives d’intimidation, de corruption des juges, des témoins aussi parfois, ce qui fait que, souvent, il y a eu de fausses accusations et que même à l’issue des procès, souvent, on n’a pas pu savoir si vraiment, c’était la vérité qui ressortait de ces procès ». Des procès, d’après elle « instrumentalisés pour éliminer un gêneur, un opposant ». Le pays « va devoir désormais corriger les erreurs commises lors de ces procès pour rendre justice aux victimes, note-elle, et instaurer des systèmes fiables et des mises en garde contre ces tentatives de corruption et de règlement de compte ».

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