Le Rwanda accuse François Mitterrand et Edouard Balladur d’implication dans le génocide de 1994

Le ministre rwandais de la Justice, Tharcisse Karugarama, a procédé mardi à Kigali à la publication officielle d’un rapport d’enquête de 500 pages incriminant le gouvernement français dans le génocide de 1994, en désignant un groupe de 13 politiciens et 20 officiers militaires français, dont la responsabilité directe dans ces tragédies rwandaises est attestée.

Le Rwanda accuse une nouvelle fois la France d’être impliquée dans le génocide de 1994 et, pour la première fois, Kigali menace des militaires et hommes politiques français de poursuite judiciaire.

« Nous avons désormais toutes les preuves sur la responsabilité de ces 33 dignitaires français dans le génocide de 1994 », a déclaré le ministre Karugarama, également mandataire du gouvernement rwandais, à la suite de la publication d’un rapport d’enquête d’une commission sur le génocide..

Ce rapport de cinq chapitres ne signifie que le Rwanda a déposé une plainte pour une éventuelle poursuite judiciaire contre ces responsables français de l’époque, a-t-il expliqué au cours dune conférence de presse animée au palais de la Justice Kigali.

Nous allons soumettre ce rapport aux autorités françaises et au public en général afin que le monde entier puisse comprendre le rôle joué par le gouvernement français de l’époque dans le génocide de 1994 , a-t-il ajouté.

Parmi les hauts responsables politiques et militaires français mentionnés dans ce document figurent, entre autre, l’ancien chef de l’Etat de l’époque, François Mitterrand (mort en janvier 1996), son ex-Premier ministre, Edouard Balladur, le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé ou encore le Secrétaire général de l’Elysée Hubert Védrine, précise le communiqué de presse distribué au cours de la présentation de ce rapport.

« Nous avons achevé notre première tâche et je crois que le gouvernement actuel français devrait être de notre côté pour nous aider à traduire en justice les personnes mentionnées dans ledit document », a déclaré M. Karugarama qui était accompagné par la ministre rwandais des Affaires étrangères et de la Coopération régionale, Rosemary Museminali.

« Nous espérons que la justice va statuer sur cette affaire afin que les personnalités françaises citées dans ce rapport puissent être traduites devant les instances compétentes », a-t-il espéré.

Ce rapport est publié alors que le Parlement rwandais vient de procéder à l’amendement de certains articles dans la Constitution rwandaise de 2003, qui concernent notamment le renforcement de la compétence du système judiciaire rwandais afin quelle puisse juger également certaines affaires en dehors du pays.

Une demande de repentance de la France

« L’heure de montrer à la France le rôle de certains responsables de ce pays dans le génocide de 1994 a sonné », a martelé le ministre Karugarama en exhortant « les autorités actuelles françaises à coopérer dans cette démarche pour reconnaître les fautes commises à l’époque et se repentir publiquement face cette responsabilité ignoble ».

« Si l’on doit résolument regarder vers l’avenir et renouer les relations diplomatiques avec la France, il faudra que ce pays soit partie prenante de ce rapport et accepte la véracité de son contenu », a souligné le chef de la diplomatie rwandaise, Rosemary Museminali.

Ce rapport sur le rôle du gouvernement français rapporte notamment les témoignages recueillis auprès de différentes personnalités au Rwanda et à l’étranger, qui confirment la responsabilité des militaires français dans l’entraînement ainsi que la fourniture des armes et munitions aux milices génocidaires au Rwanda.

Ce rapport d’enquête est publié après 19 mois de recherche par une commission indépendante mise en place par le gouvernement rwandais, composée essentiellement d’historiens ainsi que de juristes, présidée par Jean de Dieu Mucyo, un ancien Procureur général de la République qui fut également ministre de la Justice.

En novembre 2007, le Rwanda a rompu ses relations diplomatiques avec la France deux jours après que le juge anti-terroriste français, Jean-Louis Bruguière, a lancé des mandats d’arrêt internationaux contre neuf personnalités rwandaises proches du président Paul Kagame.

En riposte, le Rwanda a déposée une plainte contre la France devant la Cour pénale internationale (CPJ) en dénonçant le caractère contre nature de ces mandats, mais Paris n’a pas répondu à cette convocation judiciaire.