Le roman noir algérien

On est saisi de vertige, depuis quelques jours, devant la brusque accélération du décompte macabre des victimes de la tragédie algérienne. On tressaille devant la barbarie sans limite des assassins. La pensée s’abîme dans le désarroi, à force de fixer ce pays livré à l’on ne sait quelle infernale malédiction.

On est impuissant, ô combien. Il y a tant de choses que l’on ne sait pas exactement s’agissant de l’Algérie. Et puis, cela fait dix ans que les médias répètent au monde que l’on n’y peut rien comprendre, ou si peu, parce que rien n’est dit. Mais il est impossible de ne pas chercher quand même à comprendre.

Nos confrères algériens sont admirables. Quelles que soient les qualités professionnelles des uns ou des autres, tous méritent le respect immense que l’on doit à ceux qui risquent leur vie et celle des leurs. Eux aussi cherchent à comprendre, et d’abord à savoir. Ce faisant, ils sont malgré eux une des parties en conflit. Cela ne nous aide pas à comprendre. L’actualité de l’Algérie reste un roman noir, une énigme insondable dont on pressent que la clé est pourtant proche.

On ne sait pas exactement qui tue. Les islamistes tuent, mais ils ne sont sûrement pas les seuls. Bien des Algériens affirment avoir reconnu, au moment de la  » concorde civile « , un voisin militaire parmi les  » repentis-réconciliés « . On ne sait pas exactement pourquoi on tue. Déstabiliser la société ? Sans doute. Venger les morts de l’armée ? C’est probable. Nuire au président Bouteflika, élu grâce à l’armée et qui ne jouerait plus son jeu ? C’est une hypothèse qui tient debout.

On sait que l’on tue, que l’on tue, que l’on tue, … On sait que les propos présidentiels en perdent toute crédibilité, mais cela veut-il forcément dire que l’on tue des anonymes pour se débarrasser de Bouteflika ?

On sait, et on l’affirme, que la violence appelle la violence, que la spirale de la régression barbare est une dynamique, elle aussi. On sait, et on l’affirme, que d’autres dynamiques sont disponibles, dans le grand réservoir d’intelligence des élites intellectuelles et politiques du pays – souvent exilées, mais pas toujours.

Afrik.com va donner, ces jours-ci, la parole à ceux qui ont une explication, à ceux qui ont des idées pour sortir de la fatalité. Nous ne boucherons pas nos oreilles au décompte, qui se poursuit jusqu’à la nausée. Mais parce que nous aimons l’Algérie et que nous croyons qu’il y a une vérité, nous refusons de nous en tenir au malaise, finalement si confortable quand on est à Paris.