Le roi Houédogni Béhanzin : « l’essentiel est de montrer la valeur de l’Afrique »

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Le Réseau Africain des Promoteurs et Entrepreneurs Culturels (RAPEC) poursuit son programme, en partenariat avec l’UNESCO. Après Paris, en décembre, son deuxième forum a lieu, jeudi, au Centre culturel français (CCF) de Cotonou, au Bénin, autour du thème : « La culture, levier du développement en Afrique ». L’invitation a été conjointement lancée par Sa Majesté Houédogni Béhanzin, roi d’Abomey et représentant élu du conseil national des rois du Bénin, et le RAPEC, présidé par John Dossavi.

Rapec-2.jpgLe RAPEC entend sensibiliser les gouvernements africains sur le rôle que pourrait jouer la culture dans le développement du continent, et développer le réseau des acteurs culturels africains. Pour faire connaître et mettre en œuvre sa démarche, il a programmé quatre forums en Europe et en Afrique, dans les ères francophone, anglophone et arabophone. La première rencontre, le 16 décembre dernier, à l’Unesco, à Paris, a remporté un vif succès et drainé plusieurs centaines de personnes. La seconde se déroule ce 16 avril, au Centre culturel français (CCF) de Cotonou, au Bénin. Y ont été conviées de nombreuses personnalités, parmi lesquelles Emile Derlin Henri Zinsou, président du Bénin (ex-Dahomey) en 1967-68 ; Soumanou Toleba, ancien ministre de la culture, du tourisme et de l’artisanat, actuel conseiller spécial à la culture du président béninois Yayi Boni ; et l’ancien ministre de la culture du Togo Agbeomi Kodjo, qui a instauré le bureau des droits d’auteur dans son pays. Des artistes comme le chanteur béninois Nel Oliver et la chanteuse ivoirienne Barbara Kanam seront également présents. Le roi d’Abomey, représentant élu du conseil national des rois du Bénin, Sa Majesté Houédogni Béhanzin, est l’un des garants de la culture et de la tradition dans son pays. Il s’est associé au président du Rapec, John Dossavi, pour lancer l’invitation à ce forum de Cotonou. Il nous éclaire sur sa démarche et le sens de son combat en faveur des cultures africaines.

Afrik.com : Pourquoi avez-vous accepté de soutenir le RAPEC ?

Houédogni Béhanzin :
J’ai accepté de soutenir le RAPEC parce que toute bonne volonté doit être soutenue. Et d’autre part, parce qu’il faut chercher la grandeur de l’Afrique, et que celle-ci passe par la culture. La culture, c’est la carte d’identité de chaque ethnie dans le monde. Quand on montre à des personnes sa culture, on leur montre sa civilisation. C’est pour cela que j’encourage le Rapec.

Afrik.com : Vous êtes un garant de la culture et de la tradition au Bénin. Comment œuvrez-vous à sa préservation ?

Houédogni Béhanzin :
En tant que gardien de la tradition sur le plan royal, en Afrique et au Bénin, je m’attache à perpétuer tout ce qui a trait à la culture, dans la danse, la peinture, la gravure, le bois, le cuivre… L’essentiel est de montrer la valeur de l’Afrique partout où l’on passe.

Afrik.com : La tradition est-elle en menacée au Bénin aujourd’hui ?

Houédogni Béhanzin :
La tradition n’est pas en danger au Bénin, puisque concrètement elle a beaucoup de défenseurs. Les rois sont nombreux ici. Mais dans certains pays, elle l’est. Car les traditions d’autres pays, d’autres ethnies, viennent occuper la place. C’est pourquoi nous nous battons pour les défendre.

Afrik.com : Votre glorieux ancêtre, le roi Béhanzin (Bédazin Boaijéré Honu Bowelé), a été déporté à la Martinique en 1894 par les Français contre qui il avait résisté. Avez-vous gardé des liens avec les Antilles ?

Houédogni Béhanzin :
Oui, ce roi était mon grand-père… Je me suis rendu en Martinique, en octobre dernier, pour voir les réalités de l’île, et renouer des liens. Ca a été un voyage palpitant et excitant. Martiniquais, Africains, Béhanzin ont connu le même sort : la déportation. Et d’ailleurs, dès mon arrivée ici [le 30 novembre 1995], j’ai légué des terres à nos enfants qui souhaitent revenir s’installer au Bénin.

dossavi.jpgJohn Dossavi, président du Rapec

« Avec le Rapec, nous réfléchissons aux moyens de faire de la culture une source de revenus pour l’Afrique. Je ne voulais pas placer cette démarche sous l’égide d’un quelconque ministère. Je voulais la placer sous celle d’un garant de la tradition, le roi Béhanzin. C’est une démarche qui n’est pas ordinaire. C’est un signal fort que nous lançons à tous nos gouvernements pour qu’ils mettent la culture au centre de leurs priorités. Le roi Béhanzin connaît la culture et sa valeur. Quand je l’ai rencontré, c’est comme s’il lisait dans mon esprit. Il connaît le danger que représenterait pour l’Afrique le fait de se construire sans connaître sa culture. C’est à partir de ce que nous sommes que les autres peuvent nous respecter et que nous pouvons construire. Sinon, nous sommes condamnés à consommer la culture des autres. »

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