Le retour au pays de Jean-Marie Teno

Jean-Marie Teno dresse un portrait sans complaisance d’un Cameroun berné par une modernité inadaptée. Lucide et cynique, il dénonce ce qu’il appelle la  » modernité tropicale « .

En 1998, le réalisateur camerounais Jean-Marie Teno revient dans son pays. A Yaoundé, il revoit son lycée qu’il a intégré dans les années soixante, à 11 ans, débarqué d’un petit village de l’Ouest du Cameroun. Le lycée Général-Leclerc est alors l’établissement scolaire le plus prestigieux du pays et dispense un enseignement de choix : un enseignement français, donc universel, donc moderne. Le ton du documentaire est donné : ironique, voire cynique, lucide voire amer.

Que reste-t-il du lycée Leclerc aujourd’hui ? Des ruines. Que reste-t-il de la modernité promise ? C’est la réponse à cette question qu’est venu chercher le réalisateur.  » Yaoundé a changé et moi aussi « , dit-il en voix off.  » Dans les années soixante, vivre dans le béton était le comble de la modernité (…) mais aujourd’hui, Yaoundé ne ressemble toujours pas à Manhattan « , constate-t-il. De Yaoundé, il refait le voyage qui le menait jadis dans son village afin d’y passer les grandes vacances.

Modernité tropicale

En chemin, le constat est partout le même : la quête de la modernité n’a fait que dénaturer la société camerounaise.  » L’eau courante et la santé pour tous en l’an 2000 devient l’eau courante et la santé pour tous en l’an 3000.  » Symptomatique de ce que Teno appelle la  » modernité tropicale  » : la ville d’Ebebda. Depuis qu’un pont la dessert, Ebebda se voit comme une ville  » futuriste  » dont  » l’emplacement géostratégique n’est plus à démontrer « , affirme le préfet en place, obligé d’admettre que sa ville n’a pas l’eau courante…

Teno dénonce la vanité des uns et l’aveuglement des autres, tout en captant avec tendresse et mélancolie les voix des anciens et leur égarement au sein de cette modernité inadaptée.  » L’école nous a appris à mépriser les symboles de notre culture, à mépriser la parole de nos grands-parents « , regrette-t-il. Sur fond d’enseignes Coca-Cola ( » La publicité, déesse des temps modernes « ) et sur quelques notes de jazz, Jean-Marie Teno nous emmène au coeur de son Cameroun, les yeux grand ouverts et la caméra qui veille.

 » Vacances au pays  » de Jean-Marie Teno, documentaire, 2000, Cameroun/France/Allemagne, sortie française le 17 octobre 2001.

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