Que reste-t-il de nos colonies ?

Afrique, je te plumerai : oeuvre choc. Entre le documentaire et la fiction, le Camerounais Jean-Marie Teno rappelle que la colonisation n’est pas un détail de l’Histoire. Avec humour et poésie, il met en scène les vestiges trop vivants d’un pays asservi.

Avec Afrique, je te plumerai, Jean-Marie Teno signe à la fois un film, un manifeste et un pamphlet. Etrange titre au futur pour ce travail sur le passé, sur la mémoire d’un pays et la mémoire d’un homme. Entre les images d’archives de l’Histoire du Cameroun, le cinéaste insère ses souvenirs d’enfance.  » Si tu travailles bien à l’école, plus tard, tu seras un Blanc mon fils.  » Caméra à l’épaule, il filme et commente les vestiges vivants de la colonisation à Yaoundé. Le rôle des centres culturels étrangers. Les monuments aux soldats français de la guerre de 1914. Les ordures, la crasse et la misère des bidonvilles.

Douce violence

Mi-documentaire, mi-film d’humeur, l’oeuvre de Teno est inclassable. Mélange d’images d’avant, de sons d’aujourd’hui, de témoignages et de fiction… Son regard se promène dans le siècle et dans les rues. Errance rêveuse entrecoupée de scènes trop fortes. La bande-son s’arrête sur les images des manifestations de 1991. Silence absolu sur la répression. Bruit des coups. Plan serré sur les souffrances d’hommes morts pour avoir réclamé la liberté. Jusqu’à ce que la voix chaude de Teno ne reprenne, douce comme une chanson :  » Yaoundé, ville cruelle… ».

Si le  » crime contre l’humanité  » de la colonisation est dénoncé, si les gouvernements sont épinglés, jamais le cinéaste ne le cède au tragique. Humour, ironie et tendresse sont, paradoxalement, les teintes de cette fresque politique et sociologique. Signe de l’esprit qui anime Jean-Marie Teno : c’est sur le rire amer du grand comique Essindi Midja que tombe le générique. N’être pas dupe, sans se laisser porter par la haine. Continuer la lutte, tranquillement, caméra au poing, avec le passé pour bagage.

Afrique, je te plumerai de Jean-Marie Teno, sortie française le 6 novembre 2002.