« Le Repenti » ou les limites de la « Concorde civile » en Algérie

Le Repenti de Merzak Allouache est une critique sans concession de la loi de la concorde civile qui a accordé l’amnistie aux terroristes après la « décennie noire » en Algérie. Pour le cinéaste algérien, dont le film fait partie de ceux sélectionnés à la Quinzaine des réalisateurs, la rédemption ne se décrète pas.

Dans la région des hauts plateaux, en Algérie, un jeune islamiste décide de fausser compagnie à « ses frères ». Il sait qu’il a la possibilité de devenir un « repenti » comme le prévoit la  loi de « pardon et de concorde nationale », votée en 1999 pour favoriser la réconciliation nationale en Algérie après « la décennie noire ». Mais un texte juridique peut-il effacer les crimes de Rachid, le pardon des victimes du terrorisme peut-il s’obtenir d’un coup de baguette magique? Le Repenti du réalisateur algérien Merzak Allouache (Bab el Oued City, 1994), projeté ce samedi sur la Croisette dans le cadre de la Quinzaine des réalisateurs, se rend très vite compte que la réponse est non. Dans le village, à part sa famille, il n’est le bienvenu pour personne.

La rédemption ne peut être automatique

Comme la loi le prévoit, il doit se présenter à la police et rendre son arme pour obtenir son statut de « repenti ». Une nouvelle vie semble alors commencer pour Rachid, devenu employé d’un café dont le propriétaire le méprise. Mais son passé est envahissant. Une seule option désormais : l’exil qu’il faut financer. Le chemin de Rachid croise alors celui d’un couple, plongé dans une détresse infinie.

C’est à travers les yeux de ce duo, réuni malgré lui, que Merzak Allouache décline son point de vue. Sa caméra ramène souvent tout au couple, allégorie de toutes les victimes des islamistes algériens, qu’il filme souvent en gros plan. D’un côté, l’attitude de cet homme et de cette femme raconte une histoire qui se livre par petits bouts et se décrypte. De l’autre, le parcours de Rachid dans sa propre communauté, qui le rejette, et les tourments qu’il semble infliger à cette famille suffisent parfaitement à illustrer l’opinion de Merzak Allouache qui a tenté « d’imaginer ce que sera l’avenir de la politique de « concorde civile » après tant de haine ». Le Repenti dénote du pessimisme de son auteur, à l’instar de beaucoup d’Algériens. Selon Merzak Allouache, cette politique ne résout rien. Bien au contraire, elle laisse béantes des plaies qui semblent ne jamais pouvoir se refermer. Sous la caméra du réalisateur algérien, la rédemption semble impossible.