Le rendez-vous du Fespaco

Le Festival panafricain de cinéma et de télévision de Ouagadougou est devenu le rendez-vous incontournable du cinéma africain et la plus grande manifestation qui lui soit dédiée. La 18ème édition s’ouvrira le 22 février prochain au Burkina. Avant-goût avec Baba Hama, son directeur.

La 18ème édition du Festival panafricain de cinéma et de télévision de Ouagadougou (Fespaco), qui a lieu tous les deux ans, ouvrira ses portes du 22 février au 1er mars prochains au Burkina. Les longs et courts métrages, ainsi que la tv-vidéo possèdent quatre sections :  » Compétition « , exclusivement réservée aux réalisateurs africains,  » Panorama Afrique-Caraïbes-Pacifique « ,  » Diaspora  » et  » Monde « . Interview en avant-première du président du Festival, Baba Hama.

Afrik : Quel bilan tirez-vous de 17 éditions du Fespaco ?

Baba Hama : Depuis mon arrivée en 1996, j’ai vu ce Festival devenir une référence et un cadre privilégié pour parler du cinéma africain. Des questions de plus en plus pointues et professionnelles y sont abordées et il a répondu à un certain nombre de problèmes. Le Fespaco contribue à une meilleure connaissance du cinéma africain et aide à son évolution en amenant les professionnels à s’investir. C’est l’un des rares festivals où l’on ne vient pas que pour voir des films. Il accompagne une réflexion souvent suivie d’actions, comme en 1999 où un réseau d’exploitants s’est mis en place.

Afrik : A quelque 40 jours de l’ouverture de la prochaine édition, où en sont les préparatifs ?

Baba Hama : C’est la dernière ligne droite ! Nous opérons les sélections pour les différentes sections de la programmation. Les réalisateurs avaient jusqu’au 31 décembre pour inscrire leur film. Nous espérons avoir la liste définitive le 15 janvier.

Afrik : Cette édition est placée sous le thème du  » comédien dans la création et la promotion du film africain « .

Baba Hama : Un thème qui s’imposait. Tout d’abord parce-que le cinéma africain, qui jusqu’ici était un cinéma d’auteur privilégiant le discours, est passé dans une logique de mise en place de l’industrie du cinéma dans les pays, de l’exploitation des films en salles. La forme a donc plus d’importance et ce sont les acteurs qui portent l’esthétique du film. Ensuite, nous observons depuis quelques années une professionnalisation chez les acteurs. Ils occupent plus le terrain qu’avant et ont leur place dans la chaîne de la production.

Afrik : Pourtant, il n’y a pas vraiment d’écoles d’art dramatiques en Afrique…

Baba Hama : L’Institut africain d’études cinématographiques (Inafec), créé en 1976, a été la seule structure de formation aux métiers du cinéma qui ait existé en Afrique francophone subsaharienne et elle a fermé faute de financements en 1986. Il n’y a plus, aujourd’hui en Afrique de l’ouest francophone, d’école de formation de type classique, seul le Ghana en compte une. Seuls quelques instituts d’art dramatique, comme celui de Bamako, forment les acteurs.

Afrik : Comment s’effectue la formation des réalisateurs ?

Baba Hama : Il y a trois solutions. Les gens se forment sur le tas, sur les plateaux de tournage. D’autres dans les modules que nous organisons au sein de notre programme Profis (Programme de relance de la formation aux métiers de l’image et du son, ndlr), soutenu par la Femis (l’Ecole nationale supérieure des métiers de l’image et du son à Paris, ndlr). Quelques rares chanceux, enfin, partent étudier en Europe.

Afrik : Que faudrait-il faire pour changer cette situation ?

Baba Hama : Mettre en place des instituts pour réalisateurs et comédiens, au niveau régional et sous-régional. La potentialité existe, nous avons des formateurs compétents. Il y a des réflexions en cours, notamment pour la création d’une école sous-régionale, entre le Mali, le Burkina et la Côte d’Ivoire. Tout le monde est conscient qu’il est nécessaire que nous formions des gens sur place pour assurer la relève. Le talent ou la volonté seuls ne suffisent plus pour réussir. Face à la concurrence, il est obligatoire de posséder les techniques. Il faut qu’il y ait une réflexion au niveau des professionnels mais aussi des politiques.

Afrik : Quel regard portez-vous sur le cinéma africain contemporain ?

Baba Hama : Le cinéma africain se doit d’être un cinéma utile car il permet de montrer aux Africains leurs propres images. C’est l’un des vecteurs de notre vision du monde et notre porte-voix. Que ce cinéma soit projeté aux Etats-Unis, en Europe, et gagne des prix, comme c’est le cas depuis quelques années, est une manière de nous exprimer et de nous faire comprendre. Quant aux professionnels africains qui évoluent aujourd’hui, sur le plan technique, ils n’ont rien à envier aux autres.

Visiter le site du Fespaco.