Le reggae, invisible dans les médias français

Trop souvent occulté du paysage musical français, le reggae l’est aussi des médias. Un constat simple mais sans appel qui inspire les fondateurs du site Reggae.fr. Ambassadeur de la musique, mais aussi de la culture reggae, ce site offre un contenu musical riche aux néophytes comme aux plus initiés. Il est à l’initiative des Web Reggae Awards, des « victoires de la musique reggae » lancés il y a 6 ans.

Musique populaire et connue de tous, le reggae a cependant du mal à percer dans l’hexagone. Pour le grand public, reggae rime trop souvent avec Bob Marley, laissant peu de place à ses contemporains, pourtant nombreux à se presser sur le devant de la scène. Un constat notoire qui a inspiré les Web Reggae Awards à Sacha Grondeau, fondateur du site Reggae.fr, il y a 6 ans. « Les victoires de la musique occultent le reggae en le classant dans la catégorie musique du monde, ou musique urbaine. Le but des Web Reggae Awards est d’offrir à ces artistes une place plus importante sur la scène musicale », explique t-il. Co-développé avec de nombreux partenaires [[le magazine Reggae Vibes, l’émission de France Inter Boulibai Vibrations, et les sites Internet dancehall-attitude.com, reggae-bordeaux.com, reggae-est.fr, partytime.fr, webadubradio.com, zouker.com, stopzic.com, reggaetom.com]], cet évènement permet de pallier la faible couverture médiatique tout en organisant un réseau indépendant parallèle, entièrement consacré au reggae.

Le principe est simple. Artistes et albums, présélectionnés par une commission de professionnels du reggae, mais également proposés par les internautes, sont classés en sous-catégories allant du Roots au reggae africain, et soumis au vote du public. Un public mobilisé durant 3 semaines cette année, et ce jusqu’au 9 avril dernier, portant à plus de 6000 le nombre d’électeurs. « Les votants sont bien entendu déjà sensibilisés au reggae, mais l’idée est d’ouvrir ce milieu et de permettre au public de faire de nouvelles découvertes » indique Sacha Grondeau. Un travail d’éducation musicale de longue haleine si l’on en croit ses propos. Bien décidés à aider les artistes dans leur ascension de l’échelle du succès, le site Reggae.fr et ses partenaires permettent aux gagnants de se faire un nom dans la presse spécialisée, chargée de diffuser les résultats. Des résultats malheureusement peu relayés par la presse généraliste mais qui ont tout de même permis au groupe Dub Incorporation de faire aujourd’hui salle comble dans de nombreuses salles de l’hexagone.

Une musique pas assez fashion

« En France, le reggae est une musique qui marche très bien en live mais qui se vend mal », explique Guillaume Dupont, responsable de la communication des Web Reggae Awards. Un constat qui se vérifie aisément si l’on revient sur ces dernières années, témoins d’une part, de la prolifération de festivals et de concerts entièrement dédiés à cette musique, et d’autre part, de la fermeture de certaines enseignes pourtant renommées dans ce domaine. C’est le cas de Blue Moon, premier disquaire français entièrement consacré à la musique jamaïcaine, ayant ouvert ses portes en 1982 et tiré le rideau en 2006.

Mais selon Sacha Grondeau, le problème du reggae est ailleurs. « Il souffre de n’être ni élitiste, ni fashion » assure-t-il. Pourtant très populaire, selon une étude de la SACEM réalisée en 2005 qui le place cinquième musique préférée des français, le reggae n’est pas à la mode dans le microcosme médiatique qui lui préfère généralement le rock ou la pop actuels. Un filet aux mailles serrées à travers lesquelles quelques artistes parviennent cependant à filtrer. Tiken Jah Fakoly, reggaeman ivoirien dont la réputation n’est plus à faire, fait partie de ceux-là. Répondant à merveille au stéréotype du rastaman africain, en grande partie érigé par Alpha Blondy, il répond aux attentes des médias généralistes. « Pour les novices, le reggae c’est les dreadlocks, l’Afrique et des textes engagés » soutient Sacha Grondeau, qui regrette que le reggae soit trop souvent assimilé à ces artistes uniquement. « Les artistes français qui critiquent le racisme en France ou d’autres choses qui ne vont pas sont beaucoup moins écoutés que les Africains, ce n’est pas normal », renchérit-il.

Le reggae n’a en France qu’une histoire récente puisqu’il commence à poindre de manière assez anecdotique dans les années 1960, avec les hits anglais de Desmond Dekker. Il devient un véritable culte avec l’explosion de Bob Marley et de Toots and the Maytals en Angleterre dans les années 1970. Il sort peu à peu de son circuit « underground » dans les années 1990 pour s’adresser à un public de plus en plus large et conquis.

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