Le Ramadan comme en Andalousie

Il n’est pas facile d’être musulman par les temps qui explosent. Difficile de vivre sa foi dans un monde en prise à une crise aiguë de paranoïa. Difficile de respecter le jeûne en écoutant ou en lisant les informations. Difficile d’extérioriser sa foi quand le jihad, travail sur soi, se confond avec la guerre, le combat. Quand le jihad n’est plus un effort sur soi mais un concept sanguinaire, rouge sang. Rouge du sang des enfants, mères, intellectuels, journalistes… assassinés par des incultes dont l’interprétation de l’Islam est aussi erronée que dangereuse. Il faut pourtant continuer à rejeter les raccourcis criminels et les faux prophètes. En niant aux illuminés le droit de parler à la place des musulmans. Car qu’est-ce-que l’intégrisme sinon l’accaparement des valeurs communes par une minorité agissante ? Une poignée qui rêve d’imposer la nuit à un monde qui n’aspire qu’à plus de liberté.

Les musulmans savent que leur combat contre les voleurs d’identité, les violeurs de la conscience, sera long. Il passe nécessairement par l’ijtihad, l’innovation, la création. Le chemin le plus direct est la laïcité et la démocratie. Le monde musulman en a besoin. Enormément besoin. Il avait réussi, quand l’Europe vivait sous la longue nuit de l’inquisition, à donner naissance à des philosophes humanistes comme Ibn Ruchd, Averroès. Des penseurs qui ont érigé la tolérance en forme de gouvernement. Des érudits qui ont fait rayonner l’Islam. Avant que des conservateurs, comme Al Ghazali, ne viennent figer la pensée musulmane. Et qu’ils décrètent que toute innovation est apostasie. Il ne restait aux fidèles de l’intégrisme, d’Ibn Taymiya et consorts, qu’à s’appuyer sur ces références scientifiques pour assassiner toute initiative de réforme.

Le conflit des civilisations est une imbécillité historique, une invention de laboratoires militaires. Il existe une civilisation moderne, contemporaine, et plusieurs cultures. Et il n’y a aucune raison pour que les cultures ne cohabitent pas pacifiquement dans le respect et les échanges. Comme c’était le cas en Andalousie. Au temps d’Avérroès. Quand l’Islam était intelligence et amour. Ce qui est sa véritable nature.