Le prix du charbon togolais s’enflamme

Le prix du charbon de bois, principale source d’énergie domestique togolaise, a augmenté de plus de 50% à Lomé. Une hausse à la fois saisonnière et structurelle qui témoigne de la raréfaction du bois dans le pays et de la difficile percée de l’utilisation du gaz dans les foyers. Interview de M. Barandao, directeur général de l’Energie.

11 500 F CFA aujourd’hui contre 7 500 F CFA le gros sac il y a à peine un mois, le prix du charbon de bois s’envole dans la capitale togolaise. Une hausse de plus de 50% des tarifs suscitée à la fois par la raréfaction structurelle du combustible dans le pays et la diminution saisonnière de l’offre de charbon en saison des pluies. Source d’énergie domestique alternative, le gaz peine toujours à pénétrer les foyers. Explications de M. Barandao, directeur de l’Energie.

Afrik : Le prix du sac de charbon est passé de 7 500 F CFA à 11 500 F CFA. Comment expliquez-vous cette augmentation ?

M Barandao : Il est vrai que l’on assiste à un renchérissement des prix, mais on ne peut pas raisonner qu’en terme de sacs de charbon car il existe une très large gamme de conditionnements. Chacun, selon sa bourse, peut acheter la quantité de charbon dont il a besoin. On peut même acheter une poignée de charbon juste pour faire la cuisine au jour le jour.

Afrik : On assiste tout de même une importante augmentation des prix. Quels sont les facteurs qui expliquent cette hausse ?

M Barandao : Il y a deux facteurs. Le premier est saisonnier. La production de charbon de bois n’est pas professionnalisée dans le pays. Elle constitue une activité d’appoint pour les paysans. Pendant la saison des pluies, compte tenu de leur travail aux champs, ils n’ont pas le temps de faire du charbon (le Togo est actuellement dans la petite saison des pluies, ndlr). L’offre sur le marché étant moins importante, les prix augmentent. L’autre facteur est d’ordre structurel et renvoie à la raréfaction du bois dans le pays.

Afrik : C’est-à-dire ?

M Barandao : Tout le monde utilise le charbon pour faire la cuisine. Il y a une pression constante sur la production. L’exploitation outrancière de la forêt nous conduit aujourd’hui à une situation de pénurie dont le poids se fait sentir un peu plus chaque année. L’Etat milite pour que la population se détourne du bois au profit du gaz, mais cette source d’énergie alternative a du mal à s’imposer.

Afrik : Pourquoi les Togolais boudent-ils le gaz ?

M Barandao : Pour des questions culturelles et économiques. Le gaz n’est pas encore entré dans les moeurs, sauf chez les expatriés qui n’ont pas la culture du charbon. D’autre part, les frais d’équipement sont relativement élevés, ce qui dissuade de nombreux Togolais de se mettre au gaz. Il faut compter 20 000 F CFA au minimum pour l’acquisition d’une bonbonne de gaz de 6 kg et son brûleur, 60 000 F CFA pour une bonbonne de 15kg. Il faut ensuite compter 4 000 F CFA pour remplir bonbonne de 15kg une fois qu’elle est vide. Les personnes ont l’impression que le charbon est plus économique mais lorsque l’on comptabilise sur une longue période la somme totale dépensée par les ménages qui achètent le charbon au fur et à mesure, la différence n’est pas évidente.

Afrik : D’où vient le gaz vendu au Togo et qu’elle est la production consommée dans le pays ?

M Barandao : Il s’agit entièrement de gaz importé, car nous n’en produisons pas. Seuls quatre produits pétroliers font l’objet d’une réglementation stricte de la part de l’Etat : l’essence, le super, le pétrole et le gasoil. Nous ne disposons pas de chiffres exacts sur le gaz car les sociétés qui le distribuent dans le pays ne nous les communiquent pas toujours. C’est l’entreprise Total qui l’importe essentiellement et qui le redistribue dans les stations services.

Afrik : Que fait l’Etat pour promouvoir le gaz afin d’épargner la forêt togolaise ?

M Barandao : Il existe un système de taxe sur les produits pétroliers pour subventionner l’achat du gaz. Une mesure qui a fait baisser les prix de près de 1 000 F CFA pour le remplissage d’une bonbonne de 15kg. Nous essayons également de sensibiliser la population aux problèmes environnementaux liés à la déforestation. L’Etat ne peut financièrement pas se permettre d’accorder des subventions sur les équipements. Mais des foyers améliorés sont développés pour optimiser la combustion du charbon de bois et donc en diminuer la consommation.