Le président monte sur le tatami

Venu à Paris comme chef de la délégation sénégalaise au premier Championnat du monde de Vovinam Viet Vo Dao, Seydina Ababacar Diouf, n’a pas résisté à l’envie de monter sur le tatami. Il décroche une médaille de bronze. Une première pour le Sénégal.

Les arts martiaux ne cessent de marquer des points sur l’échiquier sportif mondial depuis quelques années. Après le nanbudo et le taewkondo qui sont acceptés en démonstration depuis Atlanta aux Jeux Olympiques, voilà venu le tour du vovinam viet vo dao. Art martial millénaire vietnamien, le viet vo dao vient d’organiser à Paris, du 3 au 7 juillet dernier dernier, son premier Championnat mondial. Deux dirigeants de la jeune Fédération sénégalaise de viet vo dao étaient du voyage dans la capitale française. Le président Seydina Ababacar Diouf et le secrétaire général Ousmane Diop. En l’absence des compétiteurs sénégalais qui n’ont pu obtenir à temps les visas d’entrée en France, le président Seydina a dû enlever sa veste de dirigeant pour porter le kimono. Il a remporté la médaille de bronze chez les moins de 65 kg. A 47 ans.

Afrik : Un président sur un tatami lors d’une compétition de haut niveau comme celle de Paris, c’est plutôt inattendu ?

Seydina Ababacar : C’est vrai. Pour des problèmes de passeport, les combattants sénégalais n’ont pu rallier Paris. Et comme je suis encore pratiquant. Je me suis inscrit dans la catégorie des moins de 65 kg. J’ai été jusqu’en demi-finale, où j’ai été battu par un Français. Il faut dire que l’arbitrage y est pour quelque chose dans ma défaite. Je méritais bien mieux que la médaille de bronze.

Afrik : A 47 ans, vous avez pris de gros risques…

Seydina Ababacar : Ne dit-on pas que qui ne risque rien n’a rien. Je l’avoue, c’était un gros pari pour moi. Je dois vous dire que je pratique les arts martiaux depuis 17 ans et je m’entraîne régulièrement à Dakar. Mon geste est à interpréter comme un message d’encouragement aux jeunes, un appel au dépassement de soi.

Afrik : Que représente cette médaille de bronze pour vous ?

Seydina Ababacar : Elle représente le Sénégal qui gagne. Elle est également un appel à plus d’espoir, plus d’optimisme pour tous les pratiquants du viet vo dao du Sénégal. Elle est enfin un argument de poids pour une éventuelle discussion avec les autorités sportives sénégalaises. Nous n’existons officiellement que depuis décembre 2001. Nous n’avons pas encore de subventions. Cette médaille sera notre principal argument lors de la discussion des budgets des fédérations avec le ministre des Sports.

Afrik : Quel est le niveau d’implantation du Viet Vo Dao au Sénégal ?

Seydina Ababacar : Officiellement, nous avons une centaine des pratiquants mais en réalité, il y a un peu plus de 500 adeptes du viet vo dao au Sénégal. On les trouve principalement à Dakar, à Kaolack et à Saint-Louis. Il y a un travail de médiatisation à faire.