Le président Bédié, au centre du jeu politique ivoirien


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A plus de trois ans de la prochaine élection présidentielle ivoirienne, le président Henri Konan Bédié, tente de faire descendre la pression sur le plan politique, dans une interview accordée au journal, Jeune Afrique. En effet, en déclarant, « Guillaume Soro est mon protégé… Il n’est pas intéressé par 2020, il me l’a dit », le président Konan Bédié, tente habillement de voler au secours de Soro, à qui on attribue à tort ou à raison des ambitions présidentielles pour 2020. Pourquoi donc cette sortie du président Bédié ?

Cette sortie du sphinx de Daoukro est une véritable surprise, en cette période de grande incertitude politique en Côte d’Ivoire, qu’on peut lire en deux points. Premièrement, combien d’ivoiriens savaient que Guillaume Soro, président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, est « le protégé » du président Bédié ? Depuis quand l’est-il ? Et dans quel objectif politique ?

Cette phrase, « Guillaume Soro est mon protégé » a retenti comme une explosion nucléaire dans la tête de nombreux ivoiriens, surpris par cette annonce. Cette sortie hautement politique d’un homme sage, dont la parole est rare a toute de suite enflammé les réseaux sociaux et donné cours à de nombreuses spéculations politico-politiciennes. Certains ont alors interprété cette phrase comme un aveu du président Bédié, avouant ainsi être « le parrain et le financeur de la rébellion de 2002 ». Le président Bédié, est un véritable animal politique à sang froid. C’est un grand homme d’Etat. Ce qui amène de fait les observateurs politiques nationaux et internationaux à continuer à s’interroger sur les raisons politiques d’une telle sortie, dont il faudrait lire à travers les lignes pour déceler et comprendre les différents messages codés qui s’y cachent.

Il faut reconnaître que l’occasion était trop belle pour ne pas être exploitée politiquement par l’opposition. La tension politique qui était jusque-là centrée sur les mutineries des soldats et la découverte d’armes de guerre, chez un proche de Soro, s’est donc déportée sur cette sortie du président Bédié. Dans cette zone d’incertitude politique dans laquelle les différents acteurs politiques ivoiriens tentent chacun de sortir leur carte du jeu politique trouble ivoirien, on peut s’interroger sur l’initiative d’une telle démarche. Qui en est l’initiateur ? Dans quel but ? Pour servir quel intérêt ? Ou pour rassurer qui ? Il y avait-il une menace si forte qui a nécessité une telle opération de communication à haut risque ? Quel est le message (subliminal) d’une telle déclaration ? Et à qui cela devrait-il profiter ? A-t-on bien mesuré les enjeux ? Si oui, pour quel objectif ?

Autant de questions qui alimentent la polémique et les rumeurs, de manière à obliger le bureau exécutif du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci), dont le président Bédié est le président à réagir. Ainsi, pour son porte-parole adjoint, le ministre Jean Louis Billon, « le Pdci s’indigne que de telles allégations mensongères soient proférées en direction de son président, auteur de l’Appel de Daoukro, homme de mesure, de consensus et de paix qui ne ménage aucun effort pour que notre pays retrouve la stabilité, la cohésion et la prospérité ». Il a ensuite appelé les militants du Pdci « à rester sourds, sereins, et imperturbables face à ce qu’il qualifie de manœuvres de diversions et de division ». Il réagissait aux propos de certaines personnes qui considéraient que Bédié « est  le parrain et le financeur de la rébellion de 2002  ».

« Il n’est pas intéressé par 2020, il me l’a dit »

Deuxièmement, on apprend dans cette interview du président Bédié, que Guillaume Soro « n’est pas intéressé par 2020 ». Le président Bédié, précise en disant, « il me l’a dit ». Comment comprendre cette déclaration de cet homme politique réputé très « prudent » dans ses propos d’une part ; et d’autre part, d’une très grande expérience dans le domaine et qui parle très peu de manière générale ? Pour les observateurs nationaux et internationaux de la vie politique ivoirienne, cette annonce du président Bédié, fait doucement sourire, à plus de trois ans de l’élection présidentielle de 2020.

Plus de trois ans c’est long. Et d’ici là, plusieurs évènements majeurs peuvent se produire positivement ou négativement. Des alliances nouvelles peuvent se former ici et là, et se défaire au gré d’autres alliances de circonstance selon les intérêts du moment, des uns et des autres. On parle déjà d’une possible entrée du président Guillaume Soro au Pdci. Rumeur ? Intoxication ? Ou manœuvre de diversion politique ? Tout reste ouvert. On parle aussi de rapprochement entre l’aile dure du Front populaire ivoirien (Fpi) dirigé par Aboudrahamane Sangaré et de Guillaume Soro, président de l’Assemblée nationale ivoirienne. Vrai ou faux ? Tout cela trouble la lecture des positionnements des uns et des autres, dans un univers politique ivoirien très incertain et mouvant.

En politique, le temps reste une variable pleine d’incertitudes qui peut ouvrir des horizons nouveaux, comme les fermer. Alors, cette sortie du président Bédié, n’a pas fini de faire couler beaucoup d’encre et délier les langues des observateurs politiques avisés, comme des titrologues. Le moment venu, chacun saura comment exploiter la situation du moment au regard des déclarations d’hier.

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