Le Premier ministre somalien laisse Mogadiscio sous les bombes

Le président somalien a nommé un nouveau Premier ministre alors que les violences s’intensifient à Mogadiscio. L’ancien chef du gouvernement, Ali Mohamed Gedi, a démissionné lundi matin, mettant fin à des semaines de crise institutionnelle dans un pays qui demeure miné par 16 ans de guerre.

Le Premier ministre du gouvernement fédéral de transition somalien (TFG), Ali Mohamed Gedi, a finalement démissionné, lundi matin, après plusieurs semaines de crise ouverte avec le Président Abdullahi Yusuf Ahmed. Ce dernier a immédiatement nommé un Premier ministre intérimaire, Salim Aliyow Ibrow, qui était jusque là le troisième adjoint de M. Gedi. Le chef de l’Etat somalien reprochait notamment à l’ex-Premier ministre de ne pas avoir mis fin aux violences dans la capitale somalienne, Mogadiscio. Il faisait pression sur le Parlement, à Baidoa, afin d’obtenir un vote de destitution à son encontre.

Le TFG, nommé voilà deux ans et demi, avait jusqu’au 12 octobre dernier pour unir le pays sous une même administration sous peine de faire face à un vote de confiance. « Le Premier ministre veut un Etat démocratique, laïque, transparent (…) On va maintenant vers un Etat prébendier, avec une famille prédatrice », a déclaré à l’AFP un proche d’Ali Mohamed Gedi, faisant référence au clan Darod, celui du président Yusuf, le deuxième en importance dans le pays derrière le clan Hawiye, celui du Premier ministre.

Les initiatives pour la paix en Somalie, cet été, n’ont pas permis de mettre fin aux violences qui secouent le pays depuis que le TFG, allié à l’Ethiopie, a chassé au début de l’année les Tribunaux islamiques du pouvoir. Au contraire, les combats entre insurgés et TFG allié de l’armée éthiopienne se sont intensifiés depuis deux semaines, à Mogadiscio, forçant des centaines de familles à quitter le sud de la capitale ce dimanche.

Où est passée la force de l’Union africaine

Une conférence nationale de réconciliation somalienne s’est tenue sous les bombes, à Mogadiscio, le 15 juillet dernier, sans résultat tangible. Elle avait été suivie le 16 septembre par la signature d’un accord de paix, à Djeddah, en Arabie Saoudite, sous le parrainage du roi Abdallah. Le gouvernement somalien de transition y donnait son accord au déploiement de forces arabo-africaines, sous l’égide de l’Onu, afin de suppléer les forces éthiopiennes, contestées par l’opposition.

L’ONU a déjà accepté le déploiement d’une force de l’Union africaine de 8 000 hommes en Somalie, en février dernier, en remplacement des soldats éthiopiens. Seuls les 1 500 éléments ougandais arrivés en mars dernier sont en place, les autres pays contributeurs traînant des pieds.

Les Tribunaux islamiques de retour

Entre temps, les leaders islamistes, les opposants de tout poil au gouvernement et une partie des membres du clan Hawiye, le plus puissant de Mogadiscio, non invités à cette conférence, s’étaient donnés rendez-vous à Asmara, le 6 septembre, en Erythrée, pays ennemi de l’Ethiopie, pour s’organiser. La conférence a vu la création de l’Alliance pour une nouvelle libération de la Somalie (Alliance for re-liberation of Somalia – ARS). Son objectif prioritaire : le départ des troupes éthiopiennes de Somalie. Le numéro deux des tribunaux islamiques, cheikh Sharif Cheikh Ahmed, a été élu à sa tête.

Quant au numéro 1, Cheikh Hassan Dahir Aweys, soupçonné de tirer les ficelles du mouvement insurrectionnel qui vise le gouvernement à Mogadiscio, il était réapparu à cette occasion. Agé de 72 ans, il est accusé dans un rapport de l’ONU d’avoir mis en place des camps d’entraînement avec le soutien de l’Erythrée. Pour beaucoup, sa réapparition ne pouvait que susciter la colère de l’Ethiopie et du GTS.

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