Le Premier ministre sénégalais est une femme

Jamais homme, et surtout femme, politique n’a fait autant l’unanimité… L’opposition et la majorité sénégalaises n’ont en commun que ce dénominateur : Mame est géniale, à la hauteur ! Est-ce parce que c’est une femme ? Non, pas seulement, répondent en choeur les politiques. Intégrité, compétence, sont les mots qui reviennent le plus souvent. Portrait.

Avec ses lunettes cerclées or, Mame Dior Boye passe pour une intellectuelle. Elégante, c’est une femme qui sait écouter, réconcilier et concilier.  » De son métier de magistrat, elle a acquis une capacité d’écoute impressionnante. Elle ne tranche jamais un différend sans aller en profondeur. Paradoxalement, elle n’a pas la rigidité, supposée accompagner tous les juristes « , psychanalyse un journaliste dakarois. Mère de deux enfants, Mame est la nouvelle chouchou d’Abdoulaye Wade. « J’ai fait ce choix en raison de ses compétences. Je n’ai pas hésité car je connais son envergure intellectuelle et sa capacité de travail », confie le président.

C’est le mektoub, le destin

Elle fut la première personne à être surprise par le choix du président sénégalais. Modeste, elle déclare à nos confrères du Soleil, quelques heures après sa nomination  » J’ai été surprise car le choix pouvait se faire parmi des milliers de Sénégalais. Il est donc normal que je sois surprise. Mais en tant que croyante, je m’attends à tout dans ma vie. Car Dieu est le seul maître de mon destin « .

Parcours balisé. Rien ne prédisposait Mame à devenir Premier ministre. Magistrat, elle était plutôt militante dans la société civile. Membre et présidente d’une pléthore d’associations professionnelles et caritatives, elle militait farouchement pour les droits de l’Homme.  » Je ne suis d’aucun parti politique, puisque je suis entrée au gouvernement en tant que membre de la société civile. Donc je n’ai pas à maintenir, élargir ou fidéliser un électorat. Je ne suis pas à ce poste pour travailler pour une seule catégorie de personnes. Je n’entends pas m’impliquer dans des batailles politiques « , analyse lucidement Mame. L’avenir dira si ne pas se reposer sur un appareil politique peut être viable au poste qu’elle occupe désormais.

Fleurs, hommages et peaux de bananes

Son prédécesseur, Moustapha Niasse, a tenu à être le premier à la féliciter.  » . Je ne voudrais pas juger Mme Mame Madior Boye que je connais depuis une cinquantaine d’années, lorsque je l’ai précédée au lycée Faidherbe de Saint-Louis. Je pense que le chef de l’Etat a eu ses raisons de la nommer à ce poste, et je souhaite qu’elle connaisse le succès auquel sa formation de magistrat l’aura sans doute préparée. Je ne me permettrai pas de la qualifier à quelque niveau que ce soit « , confie Moustapha Niasse à la presse. C’est lui qui est allé la chercher pour lui confier le ministère de la Justice.

Limites.  » C’est agréable de travailler avec elle mais il faut reconnaître que les dossiers sur la corruption n’ont pas avancé plus rapidement que sous son prédécesseur. A sa nomination, nous avons cru que les blocages sauteraient. Il n’en fut rien « , tempère un fonctionnaire au ministère de la Justice. Mame, qui avait fait de la lutte contre la corruption son cheval de bataille, s’est heurtée à une résistance de l’ancienne administration, installée sous le président Abdou Diouf.

Intérim. Mame, également ministre de la Justice, a été nommée pour diriger le gouvernement jusqu’aux élections législatives anticipées prévues le 29 avril. Son avenir politique demeure incertain. Bien que le président ait promis qu’il nommerait un Premier ministre issu de la majorité, de nombreux observateurs pensent qu’il la garderait à son poste en cas de victoire de son camp. Pieuse, Mame se garde de dévoiler ses ambitions.  » Que je sois à ce poste pendant un mois ou 20 ans ; c’est, pour moi, du pareil au même. Seul Dieu sait et je m’en remets carrément à Lui. L’essentiel est de bien faire ce travail pour lequel j’ai été choisie. Je prie le Tout-Puissant pour qu’il m’aide dans ce sens « . Réponse début mai.