Le premier archevêque noir de l’Eglise anglicane

John Sentamu, 56 ans, a été nommé archevêque de York, le poste le plus important de l’Eglise anglicane d’Angleterre après l’archevêque de Canterbury. Né en Ouganda, il a été ordonné prêtre en Grande-Bretagne en 1979. Après avoir officié dans diverses paroisses à Cambridge et Londres, il devient évêque de Stepney en 1996 et de Birmingham en 2002. Il est le seul Noir à avoir obtenu ce poste en Angleterre.

Vendredi dernier, John Sentamu, 56 ans, d’origine ougandaise, a été nommé archevêque de York, le poste le plus important de l’Eglise anglicane d’Angleterre après l’archevêque de Canterbury. Il succède ainsi à David Hope, qui a démissionné en février pour prendre de son propre chef un modeste poste de prêtre dans le Yorkshire, au Nord de l’Angleterre. Lors d’une conférence de presse, John Sentamu a déclaré : « Cette nomination est une perspective excitante qui m’aidera à revitaliser et reconnecter une nouvelle vision dans l’Eglise d’Angleterre ».

Né sixième de treize enfants, près de Kampala, en Ouganda, il est tellement chétif qu’il est baptisé dans l’heure… mais il survivra à sa naissance, à une enfance maladive et à une famine. Son père s’occupe de l’école primaire de l’église, sa mère travaille dans un service de santé. A l’école, il aime « chanter et cuisiner ». Une passion pour l’art culinaire découverte très tôt. « J’adore cuisiner », avait-il confié à un ami. « J’ai commencé à cuisiner pour ma famille à 11 ans et je n’ai jamais arrêté. D’ailleurs, j’aimerais écrire un livre de cuisine un jour ! »

Des études à l’ordonnation

Les études secondaires sont plus douloureuses… à cause de la distance qui le sépare du collège. Il doit faire plusieurs kilomètres à pied par jour, jusqu’à ce que son professeur d’anglais lui offre une bicyclette. A l’indépendance du pays, l’école devient trop chère, et sans un docteur chez qui il jardine et l’aide financièrement, il aurait certainement arrêté ses études. Mais il continue. Pas assez fort en maths pour faire médecine, il apprend le droit à l’Université de Makerere et deviendra juge à la Haute Cour de justice d’Ouganda. Critique envers le régime d’Amin Dada, il condamne deux soldats pour atrocités, qui sont des cousins du dictateur…

Il décide de partir en Grande-Bretagne en 1974 pour étudier la théologie à Cambridge . Il y décroche un doctorat et sera ordonné prêtre en 1979. Il officie alors dans diverses paroisses à Cambridge et Londres, avant de devenir évêque de Stepney (à l’Est de Londres) en 1996 et de Birmingham en 2002. Il fait partie des deux évêques les plus importants issus de minorités ethniques, avec l’évêque de Rochester, le Dr Michael Nazir-Ali.

Contre le racisme

Sa vocation religieuse lui vient entre autre de la pratique familiale et de la figure de sa grand-mère. « Nous allions tous à l’Eglise. Ma grand-mère était chrétienne, une vraie femme de prière et de grande inspiration », se souvient-il. De son passé de juge, il hérite également d’un fort engagement social, qui le voit se tenir aux côtés d’ouvriers licenciés ou manifester contre les armes à feu. Ce leader-né, qui fait se côtoyer évangélisme et justice sociale, est aussi connu pour ses prises de position en faveur des femmes-prêtres (en souvenir de sa grand-mère), contre la guerre en Irak et contre le racisme. Il n’hésita pas à dénoncer l’Eglise d’Angleterre, lieu selon lui d’un « racisme institutionnel », tant il est vrai qu’ils sont peu dans le clergé à avoir sa couleur de peau, alors que nombreux sont les paroissiens anglicans noirs.

Victime directe du racisme, il raconte son premier enterrement en tant que prêtre. « Le fils du défunt m’a demandé ‘Pourquoi mon père doit être enterré par un singe noir ?’ »… Le Front national, parti d’extrême-droite anglais, tentera d’incendier sa maison en 1986 et pendant ses six ans passés à l’évêché de Stepney, il sera arrêté huit fois par la police et regrette qu’à chaque interpellation les forces de l’ordre se montrent courtoises une fois son identité prouvée. Engagé, il travaille, en 1993, sur l’enquête du meurtre raciste de Stephen Lawrence.

« Evêque missionnaire avec un cœur à communiquer le gospel »

Respecté par la hiérarchie religieuse comme par ses ouailles, de l’avis de tous, ses prêches font forte impression. Pour ses pairs, il « donne une voix aux exclus », c’est « un homme chaleureux doté d’un grand sens de l’humour et une foi dynamique qui impressionne les jeunes comme les vieux ». Il est « sincère », « honnête », de « fort caractère ». Proche du peuple, c’est un « homme de courage et de convictions », « un évêque missionnaire avec un cœur à communiquer le gospel ».

Marié depuis 33 ans à Margaret, il a deux grands enfants et occupe son temps libre à écouter de la musique, pratiquer les percussions, lire, cuisiner et s’intéresser au football. Pour la première fois depuis sa fondation il y a cinq siècles, l’Eglise anglicane s’est choisi un archevêque noir. On dit que le poste de York mène à celui de Canterbury. Bientôt un Noir à la tête de l’Eglise d’Angleterre ?