Le Nigeria premier relais africain de Mojtaba Khamenei, le nouveau guide suprême iranien


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Mojtaba Khamenei
Mojtaba Khamenei

À peine nommé à la tête de l’Iran, Mojtaba Khamenei voit déjà s’exprimer des soutiens bien au-delà du Moyen-Orient. C’est surtout au Nigeria, au sein d’une partie de la mouvance chiite, que le nouveau guide suprême iranien dispose de relais d’influence visibles en Afrique, hérités d’une longue proximité idéologique avec Téhéran.

Mojtaba Khamenei a été désigné nouveau guide suprême iranien les 8 et 9 mars 2026, dans un contexte de guerre avec Israël et les Etats-Unis. Figure longtemps restée dans l’ombre, il est le fils du précédent guide suprême et était déjà un homme-clé de l’appareil sécuritaire et religieux iranien. Il est réputé être proche des cercles les plus durs du régime.

Mais sa prise de pouvoir ne se lit pas seulement à Téhéran. En Afrique, c’est le Nigeria qui apparaît comme son premier relais d’influence. Dans le nord du pays, des chiites nigérians ont réagi à sa nomination comme à la continuité directe du pouvoir de son père, Ali Khamenei. Al Jazeera rapporte qu’à Kano, plusieurs fidèles ont présenté Mojtaba Khamenei comme la poursuite de la “résistance” incarnée par l’ancien guide suprême.

Un ancrage ancien dans le nord du Nigeria

Ce soutien n’a rien d’improvisé. Il s’inscrit dans l’histoire de l’Islamic Movement of Nigeria, le mouvement fondé par Ibrahim Zakzaky et inspiré depuis des décennies par la révolution iranienne de 1979. Le lien entre une partie de la mouvance chiite nigériane et Téhéran est ancien, idéologique et politique. Il ne repose pas seulement sur une solidarité religieuse, mais sur une même lecture militante du rapport de force avec l’Occident et avec les autorités nigérianes.

C’est ce passé qui explique l’écho immédiat de la succession iranienne au Nigeria. Pour une partie de ces militants, le passage d’Ali Khamenei à Mojtaba Khamenei n’est pas une rupture, mais la préservation d’une ligne dure. Dans le récit porté par ces cercles pro-iraniens, il s’agit moins d’un changement d’homme que d’une transmission de combat.

Une influence plus militante qu’institutionnelle

Le Nigeria n’est évidemment pas un prolongement direct de l’État iranien. Mais il constitue un point d’appui africain précieux pour le nouveau guide suprême. L’influence de Téhéran y est surtout symbolique, militante et idéologique. Elle s’exprime par des réseaux de fidélité, des références politiques communes et une capacité de mobilisation autour de la figure des Khamenei.

Pour Mojtaba Khamenei, ce soutien nigérian compte. Alors que l’Iran cherche à afficher sa solidité malgré la guerre, voir des appuis se manifester jusque dans les rues du nord du Nigeria aide le régime à entretenir l’image d’une influence qui dépasse largement ses frontières. En Afrique, c’est bien le Nigeria qui apparaît aujourd’hui comme le premier relais visible du nouveau guide suprême iranien.

Idriss K.Sow
Journaliste-essayiste mauritano-guinéen, il parcourt depuis une décennie les capitales et les villages d’Afrique pour chroniquer, en français, les réalités politiques, culturelles et sociales de l'Afrique
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