Le politiquement incorrect vote des étrangers en France

En marge de l’élection présidentielle de 2012 en France, la question récurrente du droit de vote des étrangers aux élections municipales refait surface. Nicolas Sarkozy, après avoir été d’accord, a déclaré mercredi être opposé à une telle décision. Le groupe socialiste entend de son coté mener ce projet de loi jusqu’à son adoption.

La question du droit de vote des étrangers aux élections municipales en France est de nouveau sur le devant de la scène politique. Le Sénat a choisi de débattre, le 8 décembre, d’une proposition de loi constitutionnelle visant à accorder aux étrangers, non ressortissants de l’Union européenne, le droit de vote aux élections municipales. En réponse à cette annonce, le Président français, Nicolas Sarkozy, a affiché son total désaccord. Devant quelques 3000 maires invités à Élysée le 23 novembre, il a jugé « hasardeuse » une « telle proposition ». « Je crois depuis longtemps que le droit de vote et le droit d’être élu dans nos territoires doit demeurer un droit attaché à la nationalité française », a-t-il lancé avant d’inviter les étrangers voulant participer à la vie politique du pays à soumettre leur demande de nationalité. Autant dire qu’un nouveau bras de fer s’est engagé avec l’opposition.

D’ailleurs, celle-ci ne s’est pas faite attendre pour réagir car pour le coup le Président de la République à la mémoire bien « hasardeuse ». Le 25 octobre 2005, ce même président expliquait dans une interview accordé au quotidien Le Monde « qu’il ne serait pas anormal qu’un étranger en situation régulière qui travaille, paie des impôts et réside depuis au moins 10 ans en France, puisse voter aux élections municipales. » Des propos qu’il rappelle d’ailleurs d’un son livre « Libre », paru en 2005, dans lequel il confie ne pas être opposé au droit de vote des étrangers. « J’avoue ne pas être outrageusement choqué par la perspective de voir des étrangers, y compris non communautaires, voter pour les scrutins cantonaux et municipaux (…) à compter du moment où ils paient des impôts, où ils respectent nos lois. » La présidente du Front national, Marine le Pen, a elle aussi profité de l’occasion pour juger de « hasardeuses » les convictions de M. Sarkozy.

Le droit de vote des étrangers en ballotage depuis 30 ans

Une fois n’est pas coutume, cette année encore la gauche agite le sujet du droit de vote des étrangers aux élections locales, comme c’est le cas depuis 30 ans maintenant. Cette proposition a été faite par François Mitterrand pendant sa campagne de 1981. Elle faisait partie de ses 110 propositions. Et malgré 15 ans de pouvoir, la gauche ne l’a jamais adoptée. Lors d’une interview en direct de l’Elysée, le 14 juillet 1993, François Mitterrand indique que la question du droit de vote des étrangers n’est « qu’une idée minoritaire en France ». Pourquoi un tel engouement aujourd’hui ? Dans la vidéo ci-dessous, à la 42e minute, il explique que le fait de demander au gouvernement de soumettre l’idée du droit de vote des étrangers au parlement serait « un coup d’épée dans l’eau ». (Patientez quelques instants pour le téléchargement)

Vidéo supprimé

Un mois après avoir conquis le Sénat, le groupe socialiste semble plus que jamais avoir inscrit à l’ordre du jour cette proposition de loi adoptée par l’Assemblée nationale il y a maintenant onze ans ! Pour rappel, en France seuls les ressortissants de l’Union européenne sont autorisés à voter aux élections municipales et européennes. Dans l’hypothèse où la loi serait adoptée par le Sénat le 8 décembre, le texte ne sera en revanche pas pour autant à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale avant la fin de la session, le 24 février.

Entre une droite qui exaspère certains et une gauche qui désole d’autres, aucun terrain d’entente n’a, depuis 30 ans, été trouvé pour permettre à tous les acteurs de la vie économique de participer à la vie politique de leur pays. La question que tous se posent au beau milieu de ce cafouillage, et surtout les Africains en situation régulière présents en France depuis des générations : à quand le droit de vote pour les étrangers ?