le poids des mots

On nous avait prévenus : Alpha Oumar Konaré, le président de la République malienne, n’est pas un adepte de la langue de bois. Nous avons pu le vérifier ce matin à Paris, à l’occasion d’une conférence de presse donnée sous les lambris d’un grand hôtel. Le chef d’Etat, qui achevait sa visite en France, ne nous a pas seulement rappelé que la politique est un art de la parole. Il a aussi démontré que les mots sont des actes politiques… pour autant que l’on n’ait pas peur d’eux, et que l’on ne se réfugie pas derrière le jargon néo-diplomatique qui nivelle tout.

Questionné sur l’évolution de l’aide bilatérale que la France apporte au développement du Mali, le leader malien a soigneusement pesé ses termes :  » Les Africains s’imposent comme des partenaires que l’on respecte.  » Le poids desdits termes était satisfaisant : le message a été clair. Plus clair que si Konaré avait seulement parlé de  » co-développement « , non ?

Abordant ensuite sa visite à un foyer d’immigrés maliens de Montreuil, une ville de la périphérie parisienne, le président a d’abord décrit  » la communauté immigrée malienne, nombreuse et organisée, qui contribue à la prospérité française depuis longtemps et dont les conditions de vie sont difficiles « . Forts de cette contribution, ses compatriotes émigrés, a expliqué Konaré, ne veulent plus que des décisions leur soient imposées  » comme à des mineurs, en l’absence de tout dialogue « . Bref,  » on ne peut pas vouloir l’amitié du Mali sans vouloir l’amitié des Maliens « . C’était plus percutant que d’invoquer la  » co-résolution des difficultés « , non ?

Il est facile de comprendre pourquoi les hommes d’Etat africains sont plus éloquents, en général, que leurs homologues occidentaux. Les problèmes qu’ils soulèvent – l’accès contrarié à la santé, à la paix, au savoir – suscitent naturellement une grande force de conviction. Cela n’est pas forcément le cas, au Nord, quand l’on envisage de modifier, pour la énième fois, d’un quart de point les taux directeurs d’une Banque centrale.