Le phénomène des blogs met fin à l’avenir de la censure

Confrontés à la liberté d’expression comme acte de liberté, les pouvoirs autoritaires ont toujours voulu asseoir leur légitimité par la censure et éliminer tout ce qui pouvait les menacer. De ce point de vue, le censeur se devait toujours d’être plus rapide que la plume qu’il censurait. La tâche était assez facile à l’époque de l’impression ; elle l’est beaucoup moins aujourd’hui grâce à la révolution des temps modernes : Internet et plus particulièrement les blogs ont fait de la censure le cauchemar du censeur.

Fini le temps des quotidiens saisis avant leur vente ou l’impression des livres frappée du sceau de l’interdiction. Sur les blogs ou les emails, le mot aujourd’hui est moins coûteux et –surtout- plus rapide dans sa diffusion.

Le blog est dans ce contexte l’un des moyens d’expression privilégiés : simple, accessible et personnel, il fait figure d’un bloc-notes où chacun peut faire part de ses idées aux lecteurs de tous bords. De ce fait, les préoccupations peuvent aller de la couleur de votre bikini pour les prochaines vacances au sort du dernier opposant arrêté dans votre pays : et c’est sur ce dernier point que la censure se redécouvre une vocation.

Tunisie, novembre 2009 : l’arrestation de la bloggeuse « Fatma Arabica » émeut la blogosphère et provoque un élan de solidarité chez les internautes tunisiens. En janvier dernier, au Maroc, suite à une série d’arrestations et de molestations de bloggeurs ayant commenté les manifestations estudiantines, l’ensemble des bloggeurs marocains décident de protester par une «semaine de deuil sur la liberté d’expression».

Mais la censure des blogs n’a pas les effets escomptés. Car si le but de tout censeur est de taire une information qu’il juge dangereuse ou subversive, même pour un certain temps seulement, c’est à l’exact inverse que l’on assiste ici par la magie technologique d’Internet.

Comment accéder à cette information que le censeur tient à mettre en quarantaine ? Les moyens offerts aujourd’hui par le net à ses utilisateurs sont infinis.

Deux phénomènes en témoignent : celui du « réfugié virtuel » qui trouve un certain succès dans la blogosphère. Ainsi, si votre blog est censuré, vous pouvez accéder à ce statut auprès de l’un de vos amis bloggeurs qui vous fera partager l’administration de sa page pour que vous puissiez y poster vos notes. Multiplié, ce phénomène ne peut être contrôlé qu’au prix d’un black-out total sur la blogosphère d’un pays, ce qui provoquerait une révolte nationale et ferait les gros titres sur la scène internationale.

D’autre part, il y a le « cross posting », procédé qui permet de faire partager un même contenu sur divers sites ou réseaux. Le dernier post censuré sur votre blog trouvera alors sans mal sa place dans vos notes sur Facebook, dont vous posterez le lien sur votre compte Twitter pour optimiser l’effet boule de neige.

Avec les blogs, il n’y a plus de barrières à la liberté d’expression. Un atout que les internautes arabes doivent consolider par leur nombre qui fait malheureusement défaut. Le dernier rapport de l’ANRHI (Réseau Arabe pour les Droits de l’Homme à l’Information) y fait état de 58 millions d’internautes pour une population de 360 millions d’individus, soit à peine 16%. Le Maghreb fait dans ce cadre figure de pionnier puisqu’il dénombre à lui seul près de la moitié de ces utilisateurs.

Il est certain que le blog soulève les barrières de la liberté d’expression et permet un accès facilité à l’information et sa dissémination. Espérons que l’avenir sourira aux blogs.

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* Sarra Grira, étudiante tunisienne, fait actuellement un doctorat de lettres modernes en Sorbonne. Elle est aussi journaliste au magazine en ligne eMarrakech et blogue sur . Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews).

Source: Service de Presse de Common Ground (CGNews), 14 mai 2010, www.commongroundnews.org
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