Le pétrole, cet or rouge

Les femmes soudanaises du Kenya disent non au pétrole de Khartoum. Elles fustigent les autorités de leur pays d’accueil, décidées à reprendre les importations de brut soudanais. Une nouvelle manne financière pour soutenir l’effort de guerre.

 » Nous vous demandons d’arrêter rapidement tout commerce avec ce pétrole sanglant. Ouvrez vos yeux et vos oreilles sur les massacres et les déplacements de notre peuple à cause du pétrole infecté « . Mlle Suzanne Jambo, la porte-parole des femmes soudanaises au Kenya, exprime l’indignation de toute une communauté. Motif : le Kenya reprend ses importations de brut soudanais. Même s’il n’y a encore rien d’officiel, le boycott de l’or noir de Khartoum connaît ses derniers jours. Une nouvelle manne financière s’offre au régime pour soutenir l’effort de guerre contre le sud. Au préjudice des populations, appuient les expatriées.

Les revendications des femmes soudanaises ont pris corps le mois dernier à Nairobi à la faveur d’une homélie de Père Paul Yugusuk de l’église anglicane du Soudan qui leur avait permis de s’exprimer sur la question. En évoquant la souffrance du peuple sud-soudanais, les déplacements de population et les deux millions de victimes, l’homme de foi avait également mis en émoi l’assistance où certains ouailles ont même été victimes de malaise.

Pourtant rien d’officiel

L’affaire des importations de pétrole soudanais fait grand bruit. Pourtant, aucune décision officielle n’a encore été prise. N’en déplaise au ministre de l’Energie, Raila Odinga, qui annonçait le contraire, le ministre des Finances, Chris Okemo, qui seul détient les clefs du problème, n’a pas encore tranché.

C’est avec l’approbation de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international que le Soudan exporte son pétrole depuis août 1999. Mais les ressources naturelles du pays, en guerre civile depuis 1955 et épinglé pour son totalitarisme, se heurtaient à un boycott africain.

L’Ethiopie et Djibouti aussi

De la morale à l’économique, le temps semble trancher en faveur du portefeuille de l’Etat. Des Etats. Car le Kenya n’est pas la seule puissance régionale à succomber aux sirènes du brut soudanais. Membres de l’Autorité intergouvernementale de développement, pourtant mandatée pour trouver une issue pacifique au conflit soudanais, l’Ethiopie et Djibouti ont eux aussi signé des accords pétroliers avec Khartoum.

Seul l’Ouganda fait encore de la résistance. Mais au delà du dilemme moralo-financier, c’est un contentieux politique qui soude la fronde ougandaise. Le pays accuse toujours son voisin de couvrir les agissements de l’Armée de résistance du Seigneur, mouvement rebelle du nord opposé au régime de Kampala, et dont les bases arrière se trouvent sur le territoire soudanais.