« Le petit Malik » deviendra grand

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Le petit Malik, paru aux éditions JC Lattès, est le récit attachant sur une vingtaine d’années de la vie de Malik Driddi, un enfant qui grandit dans une banlieue française. Dans son deuxième roman, comme il le dit lui-même, Mabrouck Rachedi s’est attaché aux « petits riens » qui font basculer un destin, surtout dans une cité. Entretien.

L’analyste financier a choisi l’écriture. Son besoin de réussir au sein d’une famille nombreuse de onze enfants a cédé, petit à petit, la place à sa passion pour l’écriture née durant l’adolescence. Une envie d’écrire, que l’écrivain Mabrouck Rachedi entretient aussi chez les autres dans les ateliers d’écriture qu’il anime dans une cité parisienne. Car pour lui, «la transmission est essentielle ». Aujourd’hui, sa sœur Habiba Mahany, auteur de Kiffer sa race paru chez JC Lattès, et lui sont devenus les deux écrivains de la famille. Après, Le poids d’une âme, Mabrouck Rachedi raconte avec Le petit Malik (JC Lattès) les vingt-cinq premières années de son héros qui vit en banlieue.

Mabrouck_ok.jpg Afrik.com : Vous racontez 20 ans de la vie d’un jeune homme, Malik, qui vit dans une cité. Qu’est-ce qui vous a motivé ?

Mabrouck Rachedi :
C’est un prétexte pour raconter, avec tendresse et humour, le quotidien dans une banlieue ordinaire. Les gens s’imaginent souvent qu’il n’y a que des voitures qui flambent, de la violence dans les banlieues. Il ne s’agissait pas non plus de raconter la merveilleuse histoire de Malik. J’ai construit ce récit autour de ces « petits riens » qui peuvent faire basculer un destin. Dans mon précédent livre où j’évoquais de façon prémonitoire les émeutes de 2005, l’action est reine. Avec Le petit Malik, je me suis avant tout intéressé à un personnage. C’est un parcours initiatique.

Afrik.com : Ce n’est pas très évident de retranscrire les propos d’un individu de 5 à 26 ans. Vos phrases sont d’ailleurs courtes et concises…

Mabrouck Rachedi :
C’est difficile de faire parler des enfants de cinq ans dans un ouvrage. Les conversations de mes petits neveux le démontrent bien. La simplicité des phrases, tout en donnant du rythme au récit, fait écho aux schémas de pensée de l’enfant, puis plus tard de l’adolescent. On ne découvre le Malik adulte qu’à la fin du livre. Je me suis surtout attaché à faire évoluer le personnage dans la perception qu’il avait de la vie.

Afrik.com : Comme le choc que provoque en lui la découverte de La Promesse de l’aube de Romain Gary où il découvre les sacrifices d’une mère pour son fils. Vous écrivez : « La promesse de l’aube fut le crépuscule de mon insouciance ». C’est de la fiction pure ou une expérience vécue ?

Mabrouck Rachedi :
J’avoue que ce passage est un peu autobiographique. C’est un livre qui m’a presque autant bouleversé que Malik.

Notre avis

Le petit Malik, de Mabrouck Rachedi, est le récit en version originale de la vie de Malik. Il habite dans la cité Garibaldi avec sa maman qui l’élève toute seule. Sa passion, c’est le foot qu’il partage avec Abdou et Salomon. Les trois amis sont inséparables en dépit de leurs horizons socio-culturels et religieux très différents. Leur amitié a pour toile de fond un quartier où le petit commerce à cessé d’exister. La faillite de Bruno, le glacier, dont la gentillesse a pris le pas sur ses impératifs économiques, a sonné le glas du commerce de proximité. L’hostilité ambiante du milieu se vit partout, notamment à l’école. « A la pression scolaire normale s’ajoutait la violence ordinaire », constate Malik. Puis avec l’adolescence, ce dernier réalise l’abnégation d’une mère qui s’échine à lui offrir des vacances, denrée rare dans son milieu.

La banlieue que décrit Mabrouck Rachedi est celle où fréquenter un « sale keuf » comme Boualem, même si jusqu’ici il représentait le beau-père idéal, est un péché capital. C’est aussi celle où le langage châtié de Hicham, aficionado des « nique ta mère », ne peut que l’opposer aux forces de l’ordre. La violence du verbe dans cet endroit prime sur la bonne foi. L’espace, où grandit Malik, est un lieu sous influence (souvent mauvaise) à plus d’un titre, où la révolte est de mise, nourrie par des films – Menace II Society – et des chansons – Cop Killer– venus de la lointaine Amérique. Un espace où un rappeur à la manque, DJ Masta Basta Fucking Bâtard Killer ou DJ MBFBK, peut se faire une carrière sur le dos de ces congénères en créant des associations, « bijou inutile » pour ceux qu’il est censé aider.

Le petit Malik est un microscope qui balaie les accidents de la vie de ceux qui ne sont pas bien nés. A charge pour eux, comme tout être humain, de choisir leur destin. Malik doit se plier à cette contrainte pour survivre dans cette cité « immuable ». La prose de Rachedi a cette efficacité qu’offre ses phrases courtes et ses situations particulières qu’il décrit à chaque étape de la croissance de son personnage. On est conquis par ce portrait réaliste et plein d’humour de ce Malik-là. Singularité parmi toutes ces singularités qui résident dans les périphéries, et que l’on a trop tendance à réduire à un amas informe de lieux communs pour mieux se débarrasser du problème.

Afrik.com : Il y a ce personnage assez intéressant, celui du rappeur au nom imprononçable qui se sert de la banlieue pour faire avancer sa carrière musicale. Vous pensiez à un artiste en particulier ou c’est un patchwork de personnages existants ?

Mabrouck Rachedi :
On s’inspire de petits bouts de choses vues et perçues ça et là. Je dénonce surtout l’opportunisme d’un individu qui exploite la banlieue. Quand elle s’enflamme, il s’enflamme et vice versa. Ce n’est pas que dans le rap que l’on rencontre ce type de personnages.

Afrik.com : Il y a une scène où Salomon a un BN, Abdou, des tartines au Nutella et Malik rien du tout pour son goûter. Le premier habite dans un pavillon, le second dans les nouveaux HLM. Malik se trouve être le moins bien loti des trois. Ce que vous décrivez, c’est de la mixité sociale ?

Mabrouck Rachedi :
C’est une question que j’évoque pour en souligner le délitement. Cette mixité sociale a disparu au fil du temps. Il y en a beaucoup moins aujourd’hui que dans ma jeunesse.

Afrik.com : La banlieue, ses jeunes sont des thématiques très à la mode depuis quelques années en France. Que pensez-vous de ce regain d’intérêt ?

Mabrouck Rachedi :
On parle de la banlieue par intermittence, souvent mal et surtout quand elle explose. Mais il faut admettre qu’en parler, c’est une forme de reconnaissance. Ma démarche est une tentative de rendre compte de la réalité, une façon de ne pas se laisser dessaisir de son quotidien : j’ai toujours habité en banlieue. Il est impératif de sortir de tout cet imaginaire négatif qui s’est construit autour de la banlieue, notamment à cause de l’actualité. Entre les émeutes et les véhicules que l’on incendie, il y a une vie et on doit essayer de la comprendre. L’information ne doit pas se limiter à l’actualité, elle doit aussi refléter le quotidien en s’inscrivant dans la continuité.

 Le petit Malik en dédicace au salon du livre de Paris (Stand N53)

Samedi 14 mars de 11h00 à 12h30

Métro : Porte de Versailles

 Commander Le petit Malik, de Mabrouck Rachedi, Ed. JC Lattès, 203p., 2008.