Le pétard mouillé des bons impayés

L’affaire des bons impayés des producteurs d’arachide au Sénégal a pris des proportions nationales. L’Etat – qui a libéralisé la filière en 2001 – était malgré tout montré du doigt par les paysans floués. Il a décidé de poursuivre en justice les opérateurs privés pour les mettre face à leurs responsabilités.

Beaucoup de bruit pour rien. Les autorités sénégalaises ne sont pas responsables des bons donnés aux producteurs d’arachide en échange leur récolte. Le scandale des impayés est exclusivement dû aux opérateurs privés qui ont remplacé la Sonagraines, ancienne société nationale chargée de l’achat des productions auprès des paysans et dissoute l’année dernière. Accusé à tort, l’Etat a décidé d’ouvrir une enquête et de traduire en justice les négociants peu scrupuleux.

C’est pour répondre aux injonctions de l’Union européenne et de la Banque mondiale de libéraliser la filière agricole, que l’actuel gouvernement de transition (installé depuis mars 2000) a décidé de supprimer la Sonagraines en décembre 2001. Celle ci a depuis été remplacée dans ses fonctions par des opérateurs privés, essentiellement des coopératives, agréés par la Société nationale de commercialisation des oléagineux du Sénégal (Sonacos). Tous avaient bénéficié d’une enveloppe de la part de la Sonacos pour qu’ils puissent assurer l’acquisition des différentes productions. Au lieu d’acheter directement comptant aux paysans, certains ont décidé de leur proposer des bons qu’ils devaient honorer ultérieurement. Beaucoup attendent toujours de voir la couleur de leur argent.

Mise en garde du ministre de l’Agriculture

 » Dans la mentalité paysanne tout ce qui est officiel relève de l’Etat « , explique-t-on au ministère de l’Agriculture.  » Les opérateurs privés qui ont émis les bons sont donc considérés comme des représentants de l’Etat « . D’où la confusion. Pape Diouf, le ministre de l’Agriculture et de l’Elevage, conscient de la fâcheuse tournure des événements, avait publiquement enjoint les producteurs de ne pas accepter les bons. Une créance suspecte et dans le cas présent superflue car, normalement, les négociants disposaient de quoi s’en affranchir.

Le chef de l’Etat, Abdoulaye Wade, a lui aussi été obligé de démêler la situation lors d’une des ses dernières allocutions. Les autorités contre attaquent même en chargeant le ministère de l’Intérieur d’un vaste enquête pour faire la lumière sur la situation. Les premières condamnations sont déjà tombées. Directement visés par la justice, les membres de l’Union nationale des coopératives agricoles du Sénégal (Uncas) sont, entre autres, promptement invités à payer leurs dettes.