Le Pen met son projet de politique d’immigration à l’heure suisse

Jean-Marie Le Pen, le candidat Front National aux élections présidentielles françaises, présentait ce vendredi son programme à la presse étrangère. Comme à son habitude, la lutte contre l’immigration a été son cheval de bataille. Il s’est largement appuyé sur l’exemple suisse pour donner du crédit à ses thèses. Quant à l’Afrique, il a clairement exprimé que s’il se retrouvait au pouvoir, elle ne recevrait plus d’aide financière de la France.

« Démerdez-vous, chez vous ! » C’est ainsi qu’il faudrait résumer le message qu’a adressé Jean-Marie Le Pen aux Africains, vendredi matin. A son siège de campagne, à Saint-Cloud, le candidat Front National (FN) aux élections présidentielles françaises organisait une conférence de presse en direction des médias étrangers afin de présenter les grandes lignes de son projet pour la France.

Bien sûr, la question de l’immigration, cheval de bataille du leader FN, a été l’un des points essentiels de son intervention. Son argumentation a consisté à décrire les dispositifs les plus stricts des pays européens. Le but de la manœuvre ? Prouver à quel point ses propositions sont acceptables et tenter de décrédibiliser ceux qui le qualifient d’extrémiste. Evoquant (Citant en exemple) la Grande Bretagne, l’Italie, les Pays-Bas, la Belgique, devant un parterre de journalistes essentiellement français et européens, Jean-Marie Le Pen a égrainé les mesures qu’il rabache depuis trente ans.

Pour « arrêter le torrent de l’immigration de masse », il préconise, en plus d’une surveillance renforcée des frontières, la suppression du planning familial, qui « n’est pas possible en Grande Bretagne, par exemple » ; l’arrêt de l’immigration de travail, que l’Italie a contingenté en votant en 2002 « une loi selon laquelle seuls les immigrés disposant d’un contrat de travail peuvent séjourner en Italie pour deux ans renouvelables » ; le durcissement des conditions de séjour des étrangers sur le territoire national, que les Pays-Bas conditionnent depuis 2006 « à la réussite d’un test de langue et de culture hollandaise ».

Mais c’est l’exemple suisse qui manifestement a le plus inspiré Jean-Marie Le Pen, puisqu’à presque chaque mesure il y revenait . Ainsi, à propos de l’immigration de travail, a-t-il déclaré que « le cas suisse est encore plus proche du programme du Front National : (…) un étranger d’origine non européenne ne peut pas s’installer en Suisse s’il n’est pas recruté pour un poste de travail défini ». Sur la question du droit d’asile, c’est de nouveau la Suisse qui est citée : « la Suisse est encore plus rigoureuse. L’asile est refusé à toute personne qui n’a pas de papier d’identité. ». Et sur son désir de volonté de réforme de la nationalité, encore l’exemple Suisse, où cette dernière s’obtient « principalement par la filiation ».

Couper les aides à l’Afrique

Curieusement, Jean-Marie Le Pen n’a jamais prononcé les mots Afrique ou Africains pendant son discours. Contrairement à son habitude, pas un mot sur les pays et les origines des étrangers qu’il entend circonscrire. Un surprenant silence qu’un journaliste (suisse) n’a pas manqué de souligner lors de la séance des questions. « Je n’ai pas à rentrer dans ce genre de distinction, puisque je propose l’immigration zéro », a répondu le leader du Front National. Ainsi, n’entend-il pas faire de discriminations à l’égard des immigrés potentiels, tous subiront la même politique. Quoique… Jean-Marie Le Pen a tout de même pris soin de préciser que « l’immigration originaire du tiers-monde est plus préoccupante [que celle de l’Europe de l’Est] »…

Interrogé sur la politique qu’il mènerait en direction des pays africains s’il était élu, le candidat FN n’a pas fait dans la demi mesure : « ce sont eux même qui doivent trouver les ressources pour se développer. L’aide le la France sera très limitée ». En effet, pour Jean-Marie Le Pen, La France, avec « une dette de 200 millions d’euros, 7 millions de pauvres, 15 millions de chômeurs réels (sic)… », ne peut aider l’Afrique. « Il faut avant d’aider les autres, que nous retrouvions les bases de notre prospérité. », a-t-il déclaré. Et il a qualifié le co-développement de « proposition fallacieuse ».

Attaquant directement son rival UMP, Nicolas Sarkozy, Jean-Marie Le Pen a affirmé être « un adversaire résolu de l’immigration choisie », qu’il considère comme un moyen de frustrer l’Afrique de ses élites. Il s’est déclaré favorable à l’accueil des étudiants africains en France, mais à condition de « les contraindre à retourner dans leurs pays ».

Les propositions de Jean-Marie Le Pen paraissent comme toujours bien irréalistes ; et l’absence de chiffrage budgétaire renforce ce constat. Toutefois, comme le prouvent les résultats du premier tour de l’élection 2002, les sondages qui le placent en quatrième position cette année – et qu’il juge truqués –, ainsi que l’appropriation des thèmes de l’identité nationale et de la lutte féroce contre l’immigration par des candidats majeurs, elles répondent aux angoisses de nombre de Français. Le candidat Le Pen apparaît, en 2007, vieilli et affaibli, cependant, la banalisation de ses idées dans le monde politique n’en demeure pas moins inquiétante.