Le papillon ne meurt jamais

Koulsy Lamko signe avec La Phalène des collines, éditions Le Serpent à plumes, un livre foisonnant, d’une grande qualité littéraire. Son approche de l’après-génocide rwandais est très originale. Gabriel Garcia Marquez n’est pas loin. De la colère, de la justice et de l’humanisme. Un livre à lire d’urgence.

Quand on est reine, violée par un prêtre avant d’être embrochée, on ne meurt pas naturellement. On se transforme en phalène. Pour rappeler au monde la folie des hommes, de l’Eglise et des intellectuels. Kously Lamko, écrivain tchadien installé à Kigali, sait de quoi il parle. Et il en parle bien. Son excellente maîtrise de la langue française est un atout pour exprimer la complexité du génocide. Car les voisins, les prêtres et les cousins ne deviennent pas du jour au lendemain des assassins. Qui tuent, démembrent et fracassent les corps d’enfants et de femmes. La reine, après son viol et son assassinat par un abbé, revient hanter la mémoire. Elle est née de la colère. Et pendant ce temps-là, Fred court toujours. Il court depuis le premier jour. Il veut être celui qui a jalousement conservé le rire qui chasse l’animal en l’homme.

Regarder l’invisible, écouter le silence

Double vue, double écoute. L’auteur fusionne le réel et le fantastique pour narrer une quête du possible. Ce bonheur à portée de main, sans cesse lointain. Avec un mélange savamment dosé de surréalisme et de circonvolution ponctués par un récit linéaire, Kously Lamko déterre le non-dit, exhume les méandres de l’humanité. L’Afrique tient enfin son Gabriel Garcia Marquez. Dans la forme et dans le fond.

Les interrogations soulevées (imposées) par la phalène ne trouvent pas toutes des réponses. Pour trouver son identité, il faut écouter le silence, regarder l’invisible. Ne pas s’arrêter au paraître. Mais la langue magique vous rattrapera. Même si Fred continue de courir. Toujours. Et nous avec lui. Car sa quête est aussi la nôtre.

Commander le livre : Editions du Serpent à Plumes :