Le Pan-Africanisme est-il mort ?

Il y a quelques semaines, j’ai fait une apparition au State of the Black Union de Tavis Smiley . L’événement était organisé au Centre de Conférence de la Nouvelles Orléans, bâtiment où il y a seulement deux ans et demi les habitants se sont entassés pour se protéger d’un ouragan qui n’a jamais pris fin pour certains. Alors que le débat portait plus sur l’émission en elle-même, pour ma part, je souhaitais transmettre un message tout simple : notre travail de soutien au Monde Noir n’est pas terminé

Marcus Garvey et W.E.B. DuBois avaient compris les connections entre l’Afrique et les Africains-Américains. DuBois était l’un des premiers à avoir convoqué le Congrès Panafricain de 1945, dont la déclaration indiquait ceci : « Nous pensons que la réussite des Afro-Américains est liée à l’émancipation des Africains… » Les mouvements des années 60 et 70 ont ouvert la voie à la conscientisation sociale au sein de la communauté Noire . Le mouvement anti-apartheid aux États-Unis, mené par des Africain-Américains a commencé à s’installer et les Américains ont prouvé une fois de plus qu’il était possible de changer les politiques d’oppression de notre gouvernement. Aujourd’hui, le débat sur l’activisme, particulièrement lorsqu’on préconise une politique étrangère différente est entouré de scepticisme. Les Africains-Américains se préoccupent-ils encore de l’Afrique ? Après l’Apartheid, quel est le prochain combat pour les Noirs ? Comme le demandait un écrivain, « le Pan-Africanisme « est-il mort ?

J’ai fait l’expérience du mouvement anti-apartheid américain à travers les lunettes d’une collégiene à Buffalo, New York. J’étais la seule élève Noire de ma classe et la seule avec un badge « Free Nelson Mandela » (Libérez Nelson Mandela) sur ma veste de jean. Je le portais fièrement. Je me trouvais à des centaines de mille de l’action menée en face de l’Ambassade d’Afrique du Sud . Je ne comprenais pas les complexités, mais je comprenais viscéralement le sens qu’avait pour moi ce mouvement.

Depuis lors, beaucoup de choses se sont passées pour moi et pour le Monde Africain. La globalisation a coïncidé avec la chute du régime de l’apartheid, et en Afrique, les blocs politiques liés à la Guerre Froide ont considérablement changé. De nouvelles questions ont commencé a émerger. Dans quelle mesure l’engagement des États-unis en Afrique est une bonne chose ? Libre échange ou Juste Échange? Les États-Unis devraient-ils intervenir unilatéralement ou adopter une approche multilatérale dans les conflits ? Devrait-on mettre l’accent sur la charité ou sur le développement durable?

Alors que les questions existent, il y a également beaucoup de nouvelles opportunités. Les Africains- Américains ont commencé à voyager en nombre record en Afrique et au sein dans la Diaspora. Les Noirs continuent d’entrer dans toute sorte d’activisme et ont systématiquement travaillé au nom du Continent. L’afflux d’immigrants africains et leur entrée dans un processus de citoyenneté a changé le débat sur l’engagement des États-Unis sur le continent. Cette nouvelle génération d’étudiants et de jeunes professionnels examine l’état actuel du Monde Noir sous plusieurs angles, pas uniquement en se fiant aux nouvelles du soir, mais en parcourant également les articles des journaux africains, l’Internet et les blogs. En très grande majorité, cette nouvelle génération croit que, en tant que peuple Africain Global, nous ne pouvons être considérés comme un simple dommage collatéral dans ce nouveau millénaire.

Les noirs américains établissent des connections jamais établies auparavant. Les nouvelles discussions autour des Afrodescendants au Venezuela, en Colombie, au Panama, au Mexique développe la conscience des nos enfants sur notre identité plus large, notre histoire et notre combat dans cet hémisphère.

Les effets des politiques économiques qui profitent au plus petit nombre plutôt qu’au plus grand pénètrent nos économies locales. Les Africains-Américains doivent comprendre que la guerre contre le terrorisme est une guerre globale et qu’elle détruit les libertés civiles internationales et menace le développement du Monde Noir.

La plus grande sagesse pour le mouvement des droits humains nous dit que nous devons continuer à écouter et à apprendre des luttes de chacun de nous à travers le globe. Nous devons établir les connections entre nos propres oppressions et celles éprouvées dans le monde par les enfants de l’Afrique. Il ne s’agit pas de charité. C’est véritablement une question de justice ; de justice dans un monde où l’Afrique et sa Diaspora ont été systématiquement exploités pendant plus de 400 ans, ce qui empêche toute possibilité de participation sur le terrain de jeu global .

Le mouvement anti-apartheid américain représentait une lutte de quarante années pour reconnaître et éduquer les américains sur l’horrible système entièrement soutenu par notre propre gouvernement. La campagne à l’intérieur de l’Afrique du Sud a renversé le régime et nous avons soutenu cette lutte. Aujourd’hui, nous devons continuer de nous battre contre toutes les politiques, nationales et internationales qui ne mettent pas la dignité et le bien être des Africains au centre de la discussion. Peut-être verrons nous une autre expérience semblable au Free South Africa Movement (Mouvement Libérez l’Afrique du Sud). Mais, on peut également avoir un mouvement dans notre propre horizon(plus près de nous), encore plus extraordinaire que nous puissions imaginer.

Par Nicole C. Lee, Chroniqueuse au NNPA

Nicole C. Lee est la Directrice Exécutive de TransAfrica Forum.