Le Nigeria à feu et à sang

Le centre du Nigeria est le théâtre d’affrontements sanglants entres les communautés azéri (musulmane) et tiv (chrétienne) depuis deux semaines. Le bilan, provisoire, est lourd : au moins 200 morts et des dizaines de milliers de déplacés.

Des enfants, des femmes et des vieillards assassinés à la machette. Des familles entières sur les routes. Des camps qui s’organisent à la va-vite. Les Etats de Nasarawa et de Bauchi, au centre du Nigeria, connaissent depuis deux semaines des affrontements sanglants entre les communautés azéri de langue haoussa (majoritairement musulmans) et tiv (de religion chrétienne). Avec comme point de départ de ces violences, le meurtre, le 12 juin dernier, de Musa Ibrahim, un chef traditionnel de la communauté azérie.

Le 19 juin, des affrontements entre musulmans et chrétiens éclatent dans la ville de Tafawa Balewa (à environ 100 km au sud de Bauchi, la capitale de l’Etat). Les chrétiens, en colère en raison de l’introduction du code islamique (charia) dans cet Etat, provoquent une émeute après qu’un chauffeur de bus musulman eut exigé que les passagers masculins et féminins, dont certains étaient chrétiens, soient séparés.

Camp sommaire

Les 25 et 26 juin, les violences touchent le village de Tudun Adabu, faisant cinquante-huit morts et des dizaines de blessés. Selon les villageois, les meurtriers étaient de jeunes Tivs qui, lors d’une attaque éclair,  » ont tué le chef du village, s’en sont pris aux personnes importantes et ensuite aux enfants « .

En tout, deux cents personnes auraient trouvé la mort lors de ces affrontements. Quant au nombre de déplacés, il varie de 25 000 à 50 000, la Croix-Rouge nigériane ayant du mal à fournir des chiffres exacts. Ce sont pour la plupart des Tivs qui fuient les combats. Ils ont trouvé refuge, pour 9 000 d’entre eux, dans le camp sommaire de Daudu, situé sur les terrains d’une école primaire et qui offre des conditions de vie rudimentaires.

Des violences entre Tivs et Azéris ont éclaté à plusieurs reprises dans la région ces dernières années et ont pour origine des différends, parfois séculaires, portant sur des terres, exacerbées par des rivalités ethniques et politiques.