Le musée Dapper accueille la création sénégalaise

Le musée Dapper, à Paris, vient d’inaugurer deux nouvelles expositions, en cours jusqu’au 13 juillet prochain. La première permet de découvrir la création contemporaine sénégalaise à travers les œuvres de dix plasticiens. La seconde est centrée sur les masques, en hommage à Léopold Sédar Senghor.

Ça décoiffe à Dapper. Le musée, haut lieu des arts traditionnels d’Afrique, s’ouvre de plus en plus, et ce depuis 8 ans, à la création contemporaine africaine. On se souvient notamment de l’exposition du Sénégalais Ndary Lo, en 2002. Et bien Ndary est de retour. Et il n’est pas venu seul. Dans le cadre de Sénégal contemporain, parrainé par le sculpteur géant (par la taille et le talent) Ousmane Sow, dix plasticiens sénégalais exposent leurs oeuvres. « Voici ce qui se fait de mieux au Sénégal », explique tout simplement Ousmane Sow.

« Tous ces artistes gèrent par l’art leur questionnement sur leur environnement naturel. Même si ce terme est aujourd’hui galvaudé, ce qui m’a impressionnée, c’est leur engagement. Ils s’engagent par rapport à la situation de leur pays mais aussi du reste de l’Afrique, tout en gardant l’espoir », précise Christiane Falgayrettes-Leveau, directrice du Musée Dapper. Parmi eux, on trouve aussi Moustapha Dimé, décédé en 1998, qui a marqué toute une génération de sculpteurs et fait connaître la création africaine à l’étranger. « J’ai eu un vrai choc esthétique et émotionnel face à son travail et je souhaitais lui rendre hommage en l’exposant parmi ces artistes plus jeunes », indique Christiane Falgayrettes-Leveau.

La marque des ancêtres

Les plasticiens exposés à Dapper ont en commun le goût du recyclage et du mélange de matériaux : éléments naturels, végétaux, minéraux, objets manufacturés, produits de récupération. Ndary Lo livre une installation très forte, un sanctuaire inquiétant et symbolique. Les Os de mes ancêtres évoque les traites négrières et l’esclavage avec des chaînes impressionnantes, qui alternent fers rouillés et os (de caprins ou de bovins), et des squelettes aux corps disloqués. Autres installations marquantes : les moustiques inquiétants d’Henri Sagna et le Sanctuaire de Serigne Mbaye Camara, qui renvoie au rituel de la circoncision. Un panneau constitué de différents morceaux de bois représente le baobab sur lequel les jeunes circoncis faisaient une marque pour symboliser cette étape décisive de leur vie.

Au cours de cette exposition, on déambule au plus près des œuvres. On se remplit les yeux des peintures de Douts, d’Amadou Camara Guèye et de Soly Cissé, après avoir approché La chèvre de Gabriel Kemzo Malou et Un Homme, deux épouses de Cheikhou Bâ, contemplé les dessins sur bois de Piniang influencés par la bande dessinée et croisé les Personnages en fer et argile de Cheikh Diouf. Un beau voyage -non exhaustif – au coeur de la création contemporaine sénégalaise.

Les visages de l’Afrique

La deuxième exposition du musée, qui vient aussi d’être inaugurée, s’intitule Masques, 50 visages et c’est un hommage à Léopold Sédar Senghor, dont on fête cette année le centenaire de la naissance. Senghor, farouche défenseur des arts au Sénégal, a été le maître d’œuvre du 1er Festival mondial des arts nègres, en 1966 à Dakar. Il était inspiré par l’art ancien et a écrit un poème intitulé « Prière aux masques ».

L’exposition s’ouvre sur cet étonnant masque de ventre makonde (Mozambique/Tanzanie), en bois et incrusté de perles. Chez les Makonde, le statut d’adulte s’obtient à l’issue d’une initiation qui se termine dans la fête. Au cours de celle-ci, les danseurs apparaissent avec leur buste dissimulé sous ce masque doté de seins et d’un ventre de femme enceinte. On peut voir aussi un masque en bois à deux têtes boki (Nigeria) : un masque-cimier nkuambuk, avec des yeux et des dents en fer et agrémenté de fibres, de tannerie et de pigments. Redoutables guerriers, les Boki pratiquaient autrefois la chasse aux têtes… Enfin, plusieurs masques kantana (du groupe mama, au Liberia, Cameroun et Nigeria) sont aussi exposés, notamment des cimiers de danse évoquant des antilopes ou des buffles stylisés. Ces masques étaient utilisés lors des cérémonies du culte mangam, destinées, entre autres, à obtenir des récoltes abondantes. Pour compléter la visite, le catalogue Masques, dont c’est aujourd’hui la troisième édition depuis sa première publication en 1995, est incontournable. Plus de 400 pages magnifiquement illustrées et un texte fondamental de Leo Frobenius, paru en 1898 mais inédit en français.

Sénégal contemporain et Masques, 50 visages, du 27 avril au 13 juillet 2006

Musée Dapper – 35, rue Paul Valéry – 75016 Paris. Tél : (00 33) 1 45 00 91 75. Ouverture tous les jours, sauf le mardi, de 11 à 19h.