Le monde dépecé de Mamadou Mahmoud N’Dongo

 » L’errance de Sidiki Bâ  » montre un monde en proie à la violence, vu au travers d’une conscience dévastée. Un texte dérangeant, qui témoigne de la fugacité de l’équilibre humain.

Né en 1970 à Pikine, au Sénégal, Mamadou Mahmoud N’Dongo est un représentant de la nouvelle génération des écrivains africains francophones, dont la liberté d’écriture échappe au cadre du roman traditionnel et qui se heurte de front aux drames actuels du continent.

 » L’errance de Sidiki Bâ « , publié à l’automne 1999 aux éditions de L’Harmattan met en scène un monde déchiqueté par la violence, vu au travers d’une conscience dévastée, traumatisée, circulant dans l’espace éparpillé d’un cauchemar dont plusieurs indices permettent de reconstruire la cohérence.

Le livre se présente comme une succession de courtes notes, curieusement numérotées, mais placées dans le désordre, comme les fragments d’un puzzle que l’écrivain n’aurait pas pu reconstituer. De même que l’archéologue aligne les vestiges épars d’un temple qu’il espère un jour, idéalement, rebâtir, de même Mamadou Mahmoud N’Dongo commence chacun de ses paragraphes par un numéro, puis le livre tel quel au lecteur. A chacun de faire le travail de synthèse mentale qui permet de revenir à l’histoire, avant l’éclatement brutal, avant le désastre.

Le sang et la folie

L’errance de Sidiki Bâ est consécutive à ce désastre fondateur :  » 365 Avant, tout était ordonné, nous étions les éléments intrinsèques d’une ville. Dire qu’il aura suffi de quelques minutes, un laps de temps infiniment court pour que l’ensemble se disloque, laissant cet aspect dévasté. «  Les épisodes suivants alternent réclusion, combat, sang, mort, égarement, folie.

Et de cet enchevêtrement de moments et d’émotions, de terreurs quotidiennes et de quêtes insensées, il sort un texte dérangeant, qui dit la fragilité de l’être et la fugacité de tout équilibre, dans un monde humain où le pire peut toujours survenir, où les digues élevées contre le mal ne sont jamais éternelles. Comment, ce monde que je croyais durable, il n’est déjà qu’une tas de cendres fumantes, d’où émerge de lieu en lieu, comme un souvenir, un vestige brisé ?

Mamadou Mahmoud N’Dongo nous donne accès au tragique de notre misérable condition humaine, de sang et de peur, et son livre halluciné est aussi un avertissement à l’Afrique contemporaine, pour qu’elle parvienne à se délivrer des démons qui ne demandent qu’à la déchirer à belles dents.

Mamadou Mahmoud N’Dongo, L’errance de Sidiki Bâ, éd. L’Harmattan, automne 1999.