Le migrant au cœur

Le Club Quartier Latin de l’Afrique (CQLA) est une nouvelle organisation non gouvernementale. Permettre au migrant africain de s’affirmer au sein dans sa communauté d’accueil, c’est l’une des ambitions de la structure. Interview de son président, Jean-Marie Christian Agboton.

Jean-Marie Christian Agboton, Français d’origine béninoise, est le président et le principal initiateur de l’organisation non gouvernementale (ONG) apolitique le Club Quartier Latin de l’Afrique (CQLA). Il lui a fallu huit ans, aidé par des personnes d’origines diverses, pour donner corps à ce projet devenu réalité le 8 mars dernier. Permettre au migrant africain de s’affirmer au sein dans sa communauté d’accueil, c’est l’une des ambitions de cette nouvelle organisation. Interview.

Afrik.com : Pourquoi avoir dénommé votre ONG le Club Quartier Latin de l’Afrique ?

Jean Marie Christian Agboton : Cette dénomination constitue l’un des éléments qui a rendu difficile la mise en oeuvre du projet. Les débats ont été soutenus et difficiles à ce propos. Avec ce nom, nous reprenons à notre actif les valeurs humanistes du travail, de l’honneur, du courage, de la famille, de la solidarité et de l’amitié qui ont fondé le Quartier Latin de l’Afrique. Un qualificatif qui, après les Indépendances, sera attribuée à l’élite dahoméenne (actuel Bénin) et qui est le constat de la qualité du travail de ces migrants qui se déplaçaient pour la construction d’une nouvelle Afrique. Ses valeurs seront partagées, plus tard, par des grands intellectuels africains comme Diallo Telly, Ahmadou Kourouma, Cheick Amidou Kane, Léopold Sédar Senghor, Olympe Bêly-Quenum, Cheick Anta Diop, Mongo Betti, Apithy Sourou ou encore Jean Plya pour ne citer que ceux-là. Ces gens ont pris le risque de partir pour un ailleurs qu’ils ne connaissaient pas. Cet « ailleurs » leur donnait une force qui les distinguait. Ils étaient partout où ils pouvaient être utiles à l’humanité.

Afrik.com : Quels sont les objectifs de CQLA ?

Jean Marie Christian Agboton : Soutenir humainement les migrations des peuples, participer à la dynamique des politiques publiques dans nos lieux de vie en tant que migrants et enfin, contribuer au développement économique et social de l’Afrique.

Afrik.com : Qui sont vos membres ?

Jean Marie Christian Agboton : CQLA compte, pour l’instant, une vingtaine de membres majoritairement originaires du Bénin. Mais c’est un club ouvert à tous, à toutes les personnes qui partagent les valeurs du club.

Afrik.com : C’est donc un club panafricain ?

Jean Marie Christian Agboton : CQLA n’est pas un club panafricain au sens de Kwame N’Krumah, le père du panafricanisme. Il faut reconnaître que l’Afrique n’est pas une entité sociale homogène. Les peuples africains ont une psychologie sociale et des identités sociologiques différentes. Nous nous ouvrons à tout le continent tout en proposant des actions qui tiennent compte du contexte et des spécificités de chaque pays. Il peut s’agir du Bénin ou de n’importe quel autre Etat africain. En ce qui me concerne, je suis d’origine béninoise mais je me réclame aussi de la France, du Sénégal, du Mali, du Cap-Vert ou encore de la Guinée. Des pays dans lesquels j’ai vécu, que je connais bien et où j’ai de fortes attaches. Mais quelque soit notre origine, le plus important, c’est que nous sommes tous, au sein de CQLA, des migrants.

Afrik.com : Le monde associatif de la diaspora africaine est très prolixe en France. Quelle est la particularité de CQLA et quelle est sa valeur ajoutée ?

Jean Marie Christian Agboton : Ce que CQLA a de particulier, c’est d’abord sa conception. Au delà du fait qu’il soit à l’initiative d’une seule personne, il s’est voulu un club à construire ouvert et mis à la disposition de tous. Il se caractérise aussi par ses objectifs qui s’inscrivent dans deux axes. Le premier est l’affirmation citoyenne du migrant là ou il vit. Plus qu’une intégration, nous œuvrons pour une « affirmation citoyenne » de ce dernier afin qu’il puisse s’exprimer socialement et économiquement dans son lieu de vie, qu’il fasse partie intégrante de la nation qui l’accueille. Le deuxième point est ce que j’appellerais « l’appel du lait ». Le migrant ne saurait se détourner de sa terre d’origine, celle qui l’a conçue et construite totalement ou partiellement. Il ne s’agit pas de nostalgie, loin de là. Nous nous devons d’être solidaires de nos frères qui sont là-bas. Mais aussi reconnaissants envers nos parents et nos amis d’enfance restés sur place et qui ont besoin de nous dans la mesure où nos conditions de vie sont souvent plus enviables que les leurs.

Afrik.com : Que pensez-vous de l’affirmation grandissante de la diaspora africaine en France ?

Jean Marie Christian Agboton : C’est un ral-bol face à la façon dont elle est traitée et la condescendance avec laquelle on s’adresse à elle. Des éternels enfants ! C’est un besoin légitime d’affirmation. Nous ne pouvons pas vivre dans un lieu et ne pas être considérés comme des citoyens à part entière. Ce mouvement permet de mettre les pendules à l’heure notamment face à certains qui ont effacé leur passé de migrants grâce à la couleur de leur peau. Si l’on ne peut pas accepter cette aspiration légitime, tout le propos de CQLA, on est alors dans une forme d’exclusion voire de discrimination raciale.

Afrik.com : Quels sont vos projets et les actions concrètes que vous souhaitez mener ?

Jean Marie Christian Agboton : Nous travaillons sur des projets en relation avec des questions qui nous paraissent déterminantes et qui sont d’actualité. L’une d’entre elles est l’illettrisme dans le domaine des technologies de l’information et de la communication. Concrètement, nous avons en projet d’équiper tous les établissements scolaires, 150 au total, de la ville béninoise de Porto-Novo avec laquelle nous sommes entrés en contact. Nous sommes à la recherche de partenaires pour donner corps au projet. Nous sommes également en relation avec des agences de l’Unesco spécialisées dans le domaine. Nous envisageons également, d’ici le premier semestre 2004, d’organiser un colloque sur le thème de la mondialisation et de la migration comme facteur de développement. Nous pensons réaliser ce projet en partenariat avec l’Organisation Internationale des Migrations et d’autres organismes.

Afrik.com : Quels sont vos espoirs ?

Jean Marie Christian Agboton : Que nos objectifs soient bien compris dans nos lieux de vie et dans nos pays d’origine. Nous ne demandons que de la considération pour les migrants et une gratitude pour ce qu’ils ont apporté à l’humanité. Nous nous battons pour l’éloge des différences et la dissipation progressive de l’ignorance des uns envers les autres.

Club Quartier Latin de l’Afrique

14, rue Jean Louis

94250 Gentilly – France

E-mail : quartierlatinafrique@hotmail.com

Tél : + 33 1 45 46 36 07