Le meurtrier présumé de Jean Hélène devant le tribunal

Trois mois après l’assassinat du journaliste Jean Hélène à Abidjan, son meurtrier présumé passe devant la justice. Le sergent Théodore Séry plaide non-coupable et risque 20 ans de prison. Au-delà du procès de cet homme, RFI et Reporters sans Frontières, qui se sont constitués partie civile, veulent dénoncer l’insécurité dont sont victimes les journalistes en Côte d’Ivoire.

Le 21 octobre 2003, Jean Hélène, journaliste de Radio France Internationale, est tué d’une balle dans la tempe, devant le siège de la direction générale de la police nationale, à Abidjan. Le sergent de police Théodore Séry se dénonce à ses supérieurs. Il est immédiatement désarmé et mis aux arrêts. Le 24 octobre, il est inculpé de meurtre et incarcéré à la maison d’arrêt militaire de la capitale ivoirienne. Son procès s’ouvre mardi, trois mois après la disparition tragique du journaliste. Initialement prévu le 22 décembre, il avait été repoussé pour permettre à la famille du défunt d’assister aux audiences, après les fêtes de fin d’année.

Lors de sa première audition, le sergent Séry avait reconnu être l’auteur du coup de feu, tout en affirmant avoir tiré accidentellement. Après les résultats d’autopsie qui démontraient que la mort avait été donnée de façon volontaire, le jeune sergent était revenu sur sa déposition. Son avocat principal, Me Charles Kignima, avait alors démenti toute responsabilité de son client dans le crime, assurant qu’il n’avait « jamais tiré ». Mardi, Théodore Séry va donc plaider non coupable.

Responsabilités indirectes

Il sera représenté par sept avocats. Du côté des plaignants, la famille, RFI et l’association Reporters sans Frontières (qui se sont constitués partie civile) alignent chacun un avocat français, doublé d’un avocat ivoirien. « Chacune des parties va mettre en lumière un point particulier », explique Jean-François Juliard, du bureau Afrique de RSF. « La famille demande à ce que la culpabilité du sergent soit établie. RFI aussi mais la radio souhaite également démontrer la difficulté pour les journalistes d’exercer leur métier en Côte d’Ivoire. A RSF, nous voulons dénoncer la responsabilité de certains médias ivoiriens dans ce meurtre et, plus généralement, dans le climat d’insécurité qui entoure le travail des journalistes étrangers. »

Le procès du sergent risque bien de devenir le procès d’une certaine presse… « C’est ce que nous espérons car nous voulons dénoncer les abus de la liberté de la presse. Notre objectif est d’élargir ce procès pour qu’il ne soit pas focalisé sur le meurtrier présumé. Nous estimons que d’autres personnes ont des responsabilités indirectes. Nous accusons les autorités qui n’ont rien fait pour protéger le journaliste et un certain nombre de journaux ivoiriens, dont Notre Voie, Le National et L’œil du peuple. »

20 ans de prison

Dans la presse ivoirienne, en revanche, on semble vouloir minimiser l’ouverture du procès. Lundi, Fraternité Matin, Le Patriote et L’Inter ont évoqué celle-ci de façon rapide et sans véritable analyse. De quoi rapporter l’affaire à un simple fait divers. « Il n’y a pas de mobilisation particulière autour de ce procès », affirme un journaliste de Fraternité Matin. « Même du côté du comité de soutien au sergent Séry, tout est calme. C’est une affaire banale que la France et RFI ont voulu politiser. Un homme va être jugé pour meurtre et c’est tout. »

Le procès devrait durer deux jours mais tout dépend du temps de parole laissé aux avocats du sergent. En effet, si tous doivent plaider, il se pourrait que le procès dure trois ou quatre jours. RSF, qui s’était déclaré satisfaite de la conduite de l’enquête, s’inquiète néanmoins d’une chose : le jury sera exclusivement composé de membres des forces de défense et de sécurité (deux commissaires de police, un officier de la marine nationale et un sous-officier du même grade que l’accusé). « On a vu par le passé ce que cela peut donner. Pour les charniers de Yopougon, c’était la même chose et les militaires ont été acquittés », rappelle Jean-François Juliard.

Ange Kessi, le commissaire du gouvernement (équivalent du procureur de la République), a précisé que « les débats seront ouverts au public et auront lieu au siège de la cour d’appel d’Abidjan, dans une juridiction de droit commun et pas dans un camp militaire ». C’est un magistrat civil qui présidera la cour. « Cela nous rassure, bien sûr, et M Kessi semble vouloir mener à bien l’affaire. Le procès devrait se dérouler de manière impartiale et totalement transparente », souligne-t-on chez RSF. Le sergent Théodore Séry risque 20 ans de prison.

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