Le meilleur du pire de la contrefaçon en Afrique

La contrefaçon est un mal qui gangrène l’Afrique. Angoisse des marques de vêtements qui savent que de toute façon elles ne peuvent rien y faire, le faux peut s’avérer malgré tout désopilant quand les imitations sont du plus sordide acabit. Abidas, Mike, Lacostte ou Yves Saint Lorent, il faut croire que certains pirates ont décidément le sens de l’humour. Et pourtant ça se vend…

Ffila, Pumma, Addidas, le faux du faux est monnaie courante en Afrique. Nombreux sont ceux qui défient les règles élémentaires du contrefacteur de base, à savoir copier le plus fidèlement possible le logo de la marque visée. Des contrefaçons tellement grossières que les sociétés spoliées ne se donneraient même pas la peine de poursuivre ces pirates de bas étage, si ce n’est pour leur acheter une pièce collector pour amuser la galerie. Maghreb ou Afrique noire, tout le continent est concerné. Petit tour d’horizon.

Vue à Cotonou, la célèbre marque française de vêtements de sport Le Coq Sportif est devenue « France Cok ». Mieux, « le coq était bien dodu et n’avait pas de crête », témoigne Akim, qui ne peut s’empêcher d’y repenser avec un petit sourire. Mais il avoue que la contrefaçon qui l’a plus marqué était une paire de chaussures Nike/Converse. « Il y avait un logo de chaque côté. Au début, je me suis demandé si les deux marques avaient vraiment décidé de faire une fusion, mais je me suis vite rendu compte que c’était encore le fruit de l’imagination des gars là-bas ». Les équipementiers sportifs sont les premières cibles des pirates. A ce titre, la marque américaine Nike en voit toujours des vertes et des pas mûres. Rachid se souvient d’une véritable pièce de musée dans le souk de Marrakech au Maroc : « Des basquets Mike air injection. J’ai failli les acheter pour les montrer à mes amis, mais je n’avais pas assez d’argent ». De simples Mike air auraient sans doute fait l’affaire… En parlant d’air, il arrive souvent que la célèbre chaussure soit plutôt l’ennemie de vos lombaires, avec un « coussin d’air », sensé amortir les chocs, plus dur que de la pierre.

Adidas, la marque aux quatre bandes

Très courant en Afrique et ailleurs, l’Adidas aux quatre bandes est un grand classique de la contrefaçon. Quatre bandes c’est une de plus que l’original. Une bande de rechange, diraient les plus conciliants. C’est à ce demander si parfois les contrafacteurs n’auraient pas besoin d’une bonne paire de lunettes. C’est la question qu’on peut raisonnablement se poser en voyant l’orthographe, à ce point martyrisée, de certaines marques. Tommi Hellfinger (le doigt de l’enfer en anglais) pour la marque Tommy Hilfiger, Yves Saint Lorent au lieu d’Yves Saint Laurent ou encore Lacostte pour Lacoste. Faute de frappe, le vrai tient souvent à quelques lettres.

Plus osé : c’est carrément le logo même de la marque qui fait couramment l’objet d’étranges transformations. Le crocodile Lacoste avec la queue à l’envers, ou bien la gueule fermée, ou alors cousu à droite, on l’aurait même vu de taille inhabituelle en Tunisie. « Le crocodile était très costaud et faisait au moins dix centimètres le long », rapporte Farid de retour de vacances à Nabeul. Une bête transgénique, assurément jamais répertoriée dans la gamme de la marque. Le joueur de polo de Ralph Lauren a, lui aussi, subi les assauts saugrenus des pirates. Parfois désarçonné (le logo se résume à un cheval tout seul), parfois sans son club, c’est aussi sa monture qui est caricaturée avec un gros ventre ou des petites pattes. Ne parlons pas du sigle Puma, où le félin bondit gueule grande ouverte avec les deux pattes en avant.

Et ça se vend…

Tout aussi grossières qu’elles soient, les contrefaçons trouvent toujours preneurs. Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse. Celle de la classe et du paraître. Beaucoup tombent dans le panneau par manque d’information ou par analphabétisme plus que par manque de vigilance. Et il suffit que ça sonne comme le nom de la véritable marque, ou qu’il y ait une relative ressemblance visuelle, pour qu’on assimile le succédané à un vrai. Ainsi certains sont encore fiers à ce jour d’arborer avec panache leur polo Ralf Loren et leurs basquets Mike dans leur quartier.