Le Marocain affronte les troubles sexuels

 » Dialogue et sexualité « , c’est le nom de la formation que les laboratoires Pfizer ont mis en place au Maroc. Destinée aux médecins généralistes, elle a pour ambition de les aider à établir un dialogue avec les patients qui rencontrent des problèmes sexuels.

Si le sexe est tabou dans bien des pays musulmans, les problèmes sexuels que rencontrent les hommes le sont encore plus. Au Maroc, par exemple, rares sont les hommes qui oseraient avouer ouvertement qu’ils sont impuissants ou qu’ils doivent faire face à un dysfonctionnement érectile. Pourtant, comme partout, ces problèmes existent : près de 1 million de Marocains entre 25 et 60 ans souffriraient d’ailleurs de troubles de l’érection.

Afin d’aider la gent masculine à rompre le silence, les laboratoires Pfizer Maroc ont décidé de prendre les choses en main. Une formation destinée aux médecins généralistes et intitulée  » Dialogue et sexualité  » a été mise en place en décembre 2002 afin de les initier aux techniques de communication pour mieux dialoguer avec les patients qui rencontrent des problèmes d’ordre sexuel.

Jeu de rôles

 » Nous ciblons les généralistes car les patients qui ont des problèmes sexuels vont très rarement voir directement des spécialistes. De plus, avec la mise en place de traitements oraux des troubles de l’érection, les troubles sexuels ne sont plus automatiquement du ressort des sexologues. Le médecin généraliste est donc souvent en première ligne pour dépister ces dysfonctionnements « , explique Rachida Birouk, responsable des relations externes des laboratoires Pfizer. La technique a déjà fait ses preuves à l’étranger. En France notamment où les résultats obtenus ont satisfait les médecins comme le laboratoire.

Plus de 350 généralistes sur tout le Maroc ont déjà bénéficié de la formation qui se déroule sur une journée. L’objectif pour 2003 est de former 1 000 médecins. Ces derniers sont sélectionnés en fonction de leur motivation et, une fois formés, eux-mêmes pourront devenir formateurs. L’exercice consiste en plusieurs ateliers de jeux de rôles.  » Le professionnel doit faire face à quatre types de situations : le patient ne veut pas parler d’un éventuel problème ; il a envie d’en parler mais n’ose pas le faire frontalement et utilise pour cela des paraboles ; il aborde la question sous l’angle médicamenteux et enfin une dernière catégorie concerne les sujets âgés « , précise Mounir Charif Chefchaouni, urologue et formateur.

Formations stratégiques

L’objectif des formations est clair. Puisque le dialogue est souvent improbable et toujours difficile, il s’agit de donner au généraliste les moyens de commuquer pour amener son patient à la confidence.  » Nous formons à l’écoute mais pas seulement. Nous aidons les généralistes à reformuler les demandes indirectes des patients, à entamer le dialogue sur un aspect intime de la vie des personnes et à établir un diagnostic. En fait, à long terme, nous cherchons à mettre en place des automatismes « , poursuit Mounir Charif Chefchaouni.

L’opération est tout à fait louable, surtout dans une société qui est encore sous l’emprise de tabous très lourds.  » Les hommes, quel que soit leur statut social, ont vraiment du mal à parler de leurs problèmes sexuels. Ils viennent en consultation avec un ami qui parle à leur place. Sinon, ce sont souvent les femmes qui abordent le sujet « , conclut Mounir Charif Chefchaouni. Les formations initiées par les laboratoires Pfizer ont donc toute leur raison d’être. Reste simplement à espérer que l’aspect commercial de la démarche ne passe pas au premier plan. En effet, Pfizer commercialise depuis 1998 le Viagra au Maroc et en vend entre 100 et 120 000 boîtes par an. Derrière la volonté de dépistage systématique des troubles sexuels ne se cache-t-elle pas celle de vouloir vendre un nombre encore plus important de petits cachets bleus ?