Le Maroc vers l’abolition du travail des enfants ?

Le Maroc a adopté mercredi un projet de loi visant à interdire le travail des enfants. Prochainement soumis au Parlement, ce texte répond à une revendication des ONG qui ne date pas d’hier…

Le gouvernement marocain a voté mercredi un projet de loi qui devrait interdire le travail des mineurs. Employer des enfants reste monnaie courante dans le royaume chérifien même si le fléau a fortement diminué ces dernières années. Selon le Haut-Commissariat au Plan (HCP), le nombre d’enfants au travail âgés de 7 à moins de 15 ans s’élevait à 147 000 en 2010 contre 517 000 en 1999 ! Et il y aurait entre 60 000 et 80 000 enfants employés en tant que domestiques. C’était le cas de Khadija, 11 ans. Elle était employée comme « bonne à tout faire » à El Jadida et est décédée le 26 juillet suite aux sévices corporels que lui aurait infligés la fille de ses employeurs. Sa mort a ému le pays, ou du moins ceux, majoritaires, qui n’adhèrent pas à ces pratiques inacceptables. Un drame qui a relancer le débat sur l’urgence d’une législation contre l’emploi des mineurs dans les travaux domestiques.

Et la liste est longue…

L’histoire de Khadija n’est pas un cas isolé. Des milliers de domestiques mineurs sont victimes de maltraitance de la part de leurs employeurs. Ces jeunes proviennent pour la plupart des milieux ruraux et sont mis à disposition des familles bourgeoises en quête de domestiques. En échange, les parents de l’enfant reçoivent de l’argent. Employer un domestique mineur présente plusieurs avantages tels que le coût de la main d’œuvre. Les employés de maisons adultes sont payés plus cher et, à quelques exceptions près, il n’est pas possible de leur demander d’accomplir n’importe quelle tâche. Avec les enfants c’est plus facile. Ils n’ont pas le droit à la parole et sont dans l’obligation d’accomplir tout ce qui leur est ordonné.

Cette loi, qui n’est encore qu’un projet vise tout particulièrement le travail de domestiques de moins de 15 ans. Faut-il encore réussir à la faire appliquer. La ministre du Développement social, de la solidarité et de la famille, Nouzha Skalli, s’est dit « préoccupée par la mise en œuvre concrète de ce projet de loi une fois adopté par le Parlement et promulgué », lit-on sur AufaitMaroc. Il risque en effet d’être difficile pour certaines familles de se détacher d’un employé qui ne parle pas, ne bronche pas, s’exécute à toutes les tâches demandées et qui en plus sert de défouloir. Au Maroc, bon nombre d’individus, sous prétexte qu’ils font partie de l’élite financière, se croient au-dessus des lois. Ces enfants sont pour la majorité employés chez ce genre de familles.

Les risques encourus

Ce projet de loi prévoit des mesures coercitives à l’encontre des employeurs qui ne respecteront pas la loi, a indiqué mercredi le gouvernement marocain. Selon la presse marocaine, l’emploi des jeunes âgés entre 15 et 18 ans sera permis, à l’exception de tout travail pénible, à condition d’y être autorisé par écrit par les parent. Les étrangers devront disposer d’une autorisation du ministère de l’Emploi pour être employés en tant que domestiques. En cas de non-respect de la loi, les employeurs encourront une contravention allant de 25 000 à 30 000 dirhams et d’une peine de 1 à 3 mois de prison.

Dans un Maroc soucieux de conserver son image d’ouverture vers le monde et de modernité, l’exploitation des enfants ne devrait pas exister.