Le Maroc regroupe ses terres

La région des Doukkala, au Maroc, entame une vaste opération de remembrement des terres agricoles. L’initiative vise, grâce à l’installation d’un réseau d’irrigation, à rationaliser le système d’exploitation des différents lopins individuels. Une occasion pour les propriétaires d’officialiser leurs titres fonciers.

Comment exploiter deux hectares de terre quand ceux-ci se trouvent répartis sur cinq lopins différents disséminés à travers toute une région ? Un casse tête que l’Office régional de mise en valeur agricole (ORMVA) des Doukkala, au Maroc, est en passe de résoudre. Une solution : le remembrement des terres. Couplé notamment à l’aménagement prochain d’un réseau d’irrigation, l’initiative entend rationaliser un système agraire jusque là parcellaire. Cent sept mille hectares sont concernés. Une occasion pour les propriétaires d’officialiser leurs titres fonciers.

 » Le remembrement consiste à regrouper tous les lopins de terres d’une même personne en une seule propriété « , explique-t-on à l’ORMVA. Chaque propriétaire garde donc toujours sa terre.  » Il n’est ici aucunement question d’expropriation « . Une commission mixte de remembrement, constituées d’élus et de représentants du monde agricole, attribue une valeur à chaque parcelle en fonction de sa superficie et de la qualité du sol. Une valeur que la commission va ensuite traduire en une nouvelle et unique surface. Un terrain plus grand qui permet une mécanisation de l’exploitation. Et l’agriculteur peut enfin rêver de s’acheter un tracteur. Un rêve que les banques lui refusaient jusque là.

Titres fonciers contre actes adoulaires

Tous les nouveaux lots sont automatiquement inscrits au cadastre et à la conservation foncière. Le titre de propriété devient, ainsi, tout à fait légal et ouvre la porte à de nouvelles possibilités de crédit pour les exploitants.  » Beaucoup d’actes de propriétés ont été signés par Adouls, des écrivains publics qui faisaient office de notaires dans l’ancienne tradition. Or les organismes financiers ne reconnaissent la légitimité de ces actes adoulaires et refusent en conséquence tout crédit à leurs propriétaires « , rappelle-t-on à l’ORMVA.

Côté exploitation, seul 60% des terres vont pouvoir bénéficier d’un système d’irrigation.

 » Le maillage des parcelles est plaqué sur un canevas régulier d’irrigation. Soixante-quatre mille hectares de périmètre vont bénéficier d’un distribution d’eau. Le reste du remembrement est constitué de terrains bours c’est à dire uniquement arrosés par l’eau de pluie « .

De l’étude aux travaux, toute la mise en place de l’opération de remembrement est à la charge de l’Etat. Il indemnisera même, pendant deux à trois ans, les différents propriétaires pour occupation temporaire de leur terre. A charge ensuite à l’ORMVA de facturer aux agriculteurs les frais de pompage et d’exploitation du réseau d’irrigation. Dans leur facture d’eau, les exploitants remboursent également 40% de l’investissement total réalisé par l’Etat. Un crédit de vingt ans à un taux de 6%. Le prix à payer pour arrêter de faire la danse de la pluie afin arroser ses champs.