Le Maroc mise sur les nouvelles technologies

Les technologies de l’information génèrent actuellement au Maroc un chiffre d’affaires annuel de 20 milliards de dirhams (2 milliards d’euros) et emploient 50 000 personnes, affirme le Secrétaire d’Etat chargé de la Poste et des Technologies de l’information, Nasr Hajji.

Le but du gouvernement marocain est de parvenir d’ici 2005 à créer 100 000 emplois nouveaux dans le secteur et de passer à un chiffre d’affaires de 50 milliards dirhams (5 milliards d’euros). Interview.

Libération : Quel est vraiment aujourd’hui l’état du secteur?

Nasser Hajji : Je crois qu’aujourd’hui dans le domaine technologique, on ne peut plus avoir une politique des télécoms, une politique de l’audiovisuel ou une politique de l’informatique sans avoir une politique des technologies de l’information. Parce que, par exemple, quand on voit les télécoms, l’une des grandes évolutions est qu’on va aujourd’hui vers ce qu’on appelle l’Internet à large bande. Il sert à véhiculer des images, donc on se rapproche du multimédia et de la télévision. Dans, certain pays, on peut avoir Internet à travers la télévision. Donc tout cela se mélange et en politique sectorielle technologique, on est obligé d’intégrer tout cela.

Alors, où en est au Maroc?

N.H. : D’abord quelques chiffres, globalement, du secteur. C’est un secteur, dans son acceptation large, qui emploie à peu près 50.000 personnes et qui fait aujourd’hui 20 milliards de dirhams de chiffre d’affaires. Je donne les ordres de grandeur : vous avez à peu près 34.000 dans les télécoms, les deux opérateurs confondus, les téléboutiques (10.000) et près de 5.000 dans les sociétés de services, 8.000 dans la poste et 5.000 dans l’audiovisuel de manière générale. Vous voyez l’importance des télécoms. On le retrouve aussi dans les chiffres d’affaires, c’est à dire que sur les 20 milliards de dirhams (2 milliards d’euros) 15 milliards sont générés par les télécoms. Dans la stratégie « E-Maroc », on s’est fixé comme objectif de faire évoluer ce secteur par la création d’emplois. D’ici 2005, on veut créer 100.000 emplois nouveaux et passer de 20 milliards de chiffre d’affaires à 50 milliards de DH.

Mais est-ce qu’il suffit de le vouloir pour arriver à tout ce que vous dites? Qu’est-ce que cela nécessite?

N.H : Je vais vous donner des exemples. Lorsque, au début des années 90, on abordait tout cela, il était dit aussi que le Maroc a d’autres priorités, l’analphabétisme, l’eau potable, l’habitat insalubre…C’est vrai et ces problèmes continuent à exister aujourd’hui mais, comme vous dites, nous n’avons pas le choix. Nous avons des défis à relever mais combler aussi des déficits. Nous avons à résoudre ces problèmes classiques du développement et à ne pas rester en marge de la société de l’information, ou si vous voulez, nous avons à alphabétiser et à connecter à Internet. Prenons deux exemples et commençons par la téléphonie mobile. Au milieu des années 90 et avant la libéralisation du secteur, le nombre des abonnées était insignifiant. Aujourd’hui, il est de 5 millions. Il était de 120.000 parce que, dans l’esprit des gens, ce produit était un luxe réservé à une élite. Et là, grâce à la concurrence, on a introduit une politique commerciale pour aller dans le sens des besoins de tous les consommateurs, les packages, les cartes prépayées…C’est une nouvelle culture qui s’est installée et c’est une culture de la population.

Est-ce que vous pensez qu’une telle chose est faisable pour Internet surtout que le coût d’équipements informatiques reste un des principaux obstacles?

N.H : Oui. Les Marocaines et Marocains, lorsqu’ils trouvent des produits qui sont adaptés à leurs besoins et à leurs bourses, eh bien ils sont partants. Ils l’ont montré dans le téléphone mobile et ils l’ont montré auparavant avec les paraboles qui sont aujourd’hui sur tous les toits de toutes les couches sociales. Tant que cela coûtait 10.000 dh, cela restait extrêmement limité, lorsque cela est devenu à la portée de tous, on voit le résultat. Pour Internet, je suis sûr qu’ils y iront aussi massivement. D’abord, ils le veulent et ils l’ont montré avec les 2.500 cyber-cafés du Maroc. Ensuite, la population est majoritairement jeune et les jeunes sont naturellement portés sur les nouvelles technologies.

Comment y parvenir?

N.H : Je dirai qu’il y a des choses qui résultent de la logique du marché et celles qui résultent de la politique du gouvernement ou de l’Etat. Pour Internet, il nous faut une nouvelle révolution culturelle plus compliquée que celle des mobiles. Il est certain qu’elle devra commencer par l’école et là, la politique gouvernementale est incontournable. Cela doit passer par une politique d’encouragement mais aussi par les forces du marché, c’est-à-dire que le prix de l’équipement doit baisser pour permettre aux gens d’accéder, éventuellement sous forme de packages. Ce que doit payer le consommateur chaque mois doit être à la portée de sa bourse et connu pour lui. Le problème d’Internet peut être résumé ainsi: un, l’équipement est cher. Deux, lorsqu’on commence à utiliser Internet d’une manière forte, on paie une facture qu’on ne maîtrise pas. Pour l’équipement, il faut dire qu’on a évolué. Le marché des micro-ordinateurs il y a 5 ans était de l’ordre de 20.000 par an. Aujourd’hui, il est à peu près de 100.000. Par contre, il n’y a que 10% des PME qui sont équipées en nouvelles technologies.

Justement, comment vous voyez cette autre étape de la libéralisation du secteur surtout après une première phase réussie pour le mobiles?

N.H. : Les gens se focalisent sur le milliard de dollars mais il y a autre chose. Je n’ai pas vu beaucoup de gens se plaindre, jusqu’à maintenant, de cette libéralisation. Il faut le souligner car, finalement, quand le gouvernement d’alternance est arrivé en 1998, il a trouvé une loi. Il l’a mise en application et je crois que c’est l’un des grands acquis de ces 5 ans. En fin de compte, le consommateur a été heureux, l’opérateur historique s’en est bien porté, la concurrence s’est développée, le deuxième opérateur fait des affaires, le budget de l’Etat et l’économie y ont gagné.

Le Maroc abrite de grandes rencontres habituelles dont « Site Expo », « Telecomp » et la grande conférence de l’UIT qui se tiendra à Marrakech. Quel est l’impact de ces grands rendez-vous sur le secteur?

N.H. : Ces grandes rencontres sont évidemment à vocations diverses. L’importance est qu’à chaque étape, le secteur peut montrer ce dont il dispose. « Site Exps » est une importante opportunité pour les entreprises marocaines qui montrent leurs produits, leur savoir-faire pour les étrangers mais aussi pour le grand public. Pour la conférence de Marrakech, ce sera une réunion internationale et nous aurons essentiellement pour objet d’accompagner cette conférence et montrer aux investisseurs qui y viendront que le Maroc est sur la rampe de lancement vers cette société de l’information et qu’il peut encore accueillir davantage d’investissements dans le secteur. Leur dire que le Maroc a cette tradition de l’ouverture et qu’il souhaite être une plate forme régionale vers le Maghreb, le monde arabe et l’Afrique.

Mohammed Boudarham