Le Maroc énergétique est moderne mais qu’en est-il de la recherche scientifique ?

Hydrogène vert (illustration)
Hydrogène vert (illustration)

Si la géologie marocaine ne regorge malheureusement pas d’hydrocarbures, le climat marocain, en plus de son caractère clément et agréable, englobe des ressources d’énergies très prometteuses. Le Maroc a décidé alors, sous le Haut-Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, d’exploiter ce don généreux de la nature sous forme d’énergies renouvelables à travers des projets de centrales de haute technologie. En effet, le Maroc promet de compter sur les énergies renouvelables à l’échelle de 52% du mix de toute sa production électrique à l’horizon 2030 et cela même si la consommation des foyers et des industries montent en flèche au Maroc.

Le Maroc a choisi dès 2016 d’organiser la COP22 à Bab Ighli, à Marrakech, pour prouver au monde entier que le pays compte collaborer sérieusement avec les plus grandes puissances mondiales pour la préservation du climat mondial. C’était une promesse difficile que le Maroc tient toujours malgré l’hésitation notoire des plus grands signataires des conventions de climats.

Noor Ouarzazate a marqué le début de la grande renommée du Maroc parmi les pays leaders dans la production de l’électricité issue de l’énergie solaire. Cependant, la mentalité marocaine impose que notre pays doit se démarquer par le projet le plus impressionnant du monde pour prouver le retour du Maroc parmi les pays qui méritent le plus de respect. En effet, le Maroc va construire un parc solaire gigantesque baptisé Noor Midelt pour réaliser une puissance cumulée totale de 1 600 MW au final à l’horizon 2030.

Après Ouarzazate, la région de Midelt deviendra alors le point de mire de tous les spécialistes et même les amateurs du domaine des énergies renouvelables puisque cette région abrite, en plus du projet titanesque Noor Midelt, un grand parc éolien de 210 MW et un barrage à Tamalout. Cet écosystème remarquable fera de la région de Midelt le cœur énergétique dont les palpitations nourriront notre pays d’énergies propres et cela en attendant la transformation du Maroc en nouveau cœur énergétique mondial capable de sauver ses voisins des effets néfastes et des dangers de l’utilisation des hydrocarbures.

Malgré les encouragements mondiaux aux recours à ces énergies du futur, le passage à l’énergie propre au Maroc n’est surtout pas une tâche facile puisque notre pays peine à trouver de nouveaux financements auprès des bailleurs de fonds mondiaux surtout que le Maroc ne veut pas tomber dans une crise d’endettement qui rendrait notre économie fragile. Le Maroc compte alors sur le savoir-faire économique de l’agence marocaine pour l’énergie durable Masen, dans le but d’une bonne gestion du poids de ces dettes sur notre économie. Notre pays compte aussi renforcer Masen en lui transférant des centrales renouvelables de l’Office National de l’Electricité et de l’Eau ONEE, afin d’élargir le capital de cette agence nationale qui devra, à terme, devenir capable de surmonter tout choc d’endettement. C’est un exemple de stratégies qui rendront Masen capable de réaliser les ambitions marocaines en énergies renouvelables de façon fluide et continue sans tomber dans un scénario similaire à celui de la société Autoroute du Maroc qui a dû passer par toute une restructuration économique en plus d’un report de plusieurs projets d’autoroutes.

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Le Maroc a même adopté un projet de loi visant à améliorer le cadre législatif et réglementaire qui régit les activités de réalisation de projets d’énergies renouvelables par des particuliers. C’est le projet de loi n° 40-19 complétant et modifiant la loi n° 13-09 relative aux énergies renouvelables et la loi n° 48-15 relative à la régulation du secteur de l’électricité et à la création de l’autorité nationale de régulation de l’électricité. Ce cadre réglementaire garantit aussi l’équilibre de toutes les composantes du système électrique national en plus de sa sécurité et sa validité. Dans ce sens, il a été annoncé que les grands stades de football de Marrakech, Agadir, Tanger ainsi que le complexe sportif de Fès seront équipés en centrales photovoltaïques. C’est une bonne initiative qui concerne aussi les ports marocains et qui devrait probablement englober, dans un futur proche, d’autres bâtiments des instituts publics et même les édifices gérés par le ministère des Habous et des Affaires islamiques. Cette stratégie, en plus de l’augmentation technologique de l’efficacité énergétique, allégera les recettes de l’Etat et pourrait même transformer ses bâtiments en sources de revenus stables.

Le secteur privé international profite aussi de cet environnement légal au Maroc puisque la société Green Power Morocco a encore une fois investi en lançant la construction de sa première centrale solaire à Tanger pour renforcer ses projets de l’éolien déjà opérationnels au Maroc. La société britannique Xlinks compte aussi construire un parc d’énergie renouvelable gigantesque de 10,5 GW avec un investissement de 22 milliards de dollars dans la région de Guelmim-Oued Noun, au Maroc. Ce grand projet rendra service même à l’Europe puisqu’une part de la production sera exportée vers le Royaume-Uni.

L’entrée en vigueur, dès janvier 2023, de la taxe carbone aux frontières de l’Union Européenne oblige même des groupes industriels marocains et étrangers comme Managem ou le groupe Radi au Sud à profiter de ce cadre réglementaire national pour investir dans les énergies renouvelables afin de produire leur propre électricité verte.

Le Maroc n’oublie pas l’axe de la recherche scientifique et technologique puisque le grand complexe solaire d’Ouarzazate constitue aussi une plateforme de recherche et de développement dans le domaine des énergies solaires. Des instituts de formation aux métiers des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique (IFMEREE) ont aussi été inaugurés au Maroc pour valoriser le capital humain de notre pays et tirer profit des avancées technologiques mondiales dans le domaine énergétique. En effet, le Maroc a signé des mémorandums d’entente avec des pays leaders dans ce domaine comme l’Inde et la Corée du Sud pour rester en phase avec les derniers développements des technologies de la production de l’énergie propre et de son stockage. Grâce à ces collaborations et aux projets conjoints de recherche et de développement, le complexe Noor Ouarzazate abrite aujourd’hui un système de stockage d’énergie thermique très développé mis en service avec la participation de la société suédoise de technologie solaire, Azelio.

Malheureusement, les universités et les instituts de recherche au Maroc peinent encore à se hisser parmi le rang des grands instituts mondiaux dédiés à la recherche scientifique et aux inventions technologiques. Cependant, notre pays a le droit de surveiller les efforts scientifiques acharnés des autres pays qui innovent en développant leurs propres technologies vertes. La Finlande par exemple vient d’installer sa première « batterie à sable » entièrement opérationnelle. La lumière et le sable ne sont pas ce qui manque au Maroc mais ce sont bien les Finlandais qui ont pu imaginer et inventer un tel appareil capable de stocker l’électricité des énergies renouvelables simplement en chauffant du sable de faible qualité. Une telle invention permettra sûrement à la Finlande d’assurer un approvisionnement continu en énergie verte tout au long de l’année en stockant cette énergie pendant des mois sans l’aide des solutions coûteuses basées souvent sur le Lithium qui est malheureusement rare sur terre.

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D’autres articles scientifiques parlent aujourd’hui de l’utilité que les panneaux solaires photovoltaïques acquièrent quand ils sont déployés sur les marées, les lagunes et les baies. Dans le cadre de la collaboration entre L’ONEE et Masen, le projet Noor Atlas pourrait alors être étendu en plaçant des panneaux solaires photovoltaïques sur les retenues d’eau des barrages et d’autres sites au Maroc. C’est une bonne idée technologique qui a commencé à se propager dans le monde entier et il est malheureux de voir un autre pays avant nous, comme le Portugal, nous devancer en déployant ses panneaux photovoltaïques sur les retenues des barrages.

Le Maroc a démontré une grande sagesse en modernisant ses lois et ses infrastructures d’énergies renouvelables, mais est-ce que notre pays est capable de rendre ses chercheurs assez intelligents et cultivés pour produire des technologies énergétiques 100% marocaines ?

Par Akram Louiz: Auteur, Poète et Lieutenant mécanicien de première classe de la marine marchande