Le mariage de Zeinabou

Le mariage, la semaine dernière, de Zeinabou, 9 ans, avec Moustapha, 50 ans, a mis en ébullition la ville de Niamey. Pour la première fois au Niger, les responsables d’un mariage précoce ont été placés en garde-à-vue. La direction de protection de l’enfance espère que le cas de la fillette, jugé cette semaine, fera jurisprudence.

Zeinabou a neuf ans. Depuis la semaine dernière, elle ne sait plus très bien où elle en est. Ses parents ont voulu la marier à Moustapha, un homme de 41 ans son aîné. Alertée par des voisins de la famille, la direction de la protection de l’enfance du ministère du Développement social a profité de  » l’attachement  » du mariage (cérémonie pratiquée dans les mariages musulmans par les marabouts) pour intervenir.  » Nous avons prévenu la police qui a arrêté l’imam, le père de l’enfant et son futur mari « , explique Salmeye Bebert, directrice de la protection de l’enfance.

Les trois hommes sont restés 72 heures en garde-à-vue. Une première au Niger où la pratique des mariages précoces est très largement répandue et ne tombe théoriquement pas sous le coup de la loi.  » La dénonciation des voisins montre qu’il commence à y avoir une prise de conscience dans la population. Les gens se rendent compte que le mariage précoce est dangereux et peut entraîner des conséquences, notamment gynécologiques, très graves. Cette pratique est mal vue mais n’est pas interdite car le code pénal n’a pas prévu de sanction. Normalement pourtant, les textes en vigueur précisent qu’on ne doit pas marier une fille avant 15 ans « , explique Mariam Cissé, juriste à la Cour d’appel de Niamey.

Valise pleine d’habits

Depuis que les trois hommes ont été relâchés vendredi dernier, le dossier a été transféré à la justice et la direction de la protection de l’enfance va ouvrir une enquête sur la situation de la mère de Zeinabou. Au cours de cette semaine, le  » jeune  » marié et le père seront entendus par la juge des mineurs qui doit annuler le mariage.  » Nous espérons que le cas fera jurisprudence. Nous souhaitons que le nouveau code pénal qui sera prochainement adopté pénalise les mariages sans consentement et les mariages précoces « , indique Salmeye Bebert.

Zeinabou a dit  » oui  » au mariage car son prétendant lui avait promis  » une valise pleine d’habits « , n’ayant bien entendu pas la moindre idée de ce qu’un mariage représentait. Moustapha, de son côté, a argué qu’au temps du Prophète  » cela se faisait « . Ce dernier ayant lui-même épousé une fillette de 9 ans.  » Il a expliqué que Zeinabou ne devait venir vivre chez lui que deux ans plus tard, comme le Prophète Mahommet avait fait avec sa jeune épouse. Quant au père, il pensait qu’il avait tous les droits sur sa fille. Mais, insiste Salmeye Bebert, nous lui avons expliqué que les enfants aussi ont des droits.  »

Débats houleux

La fillette est désormais sous la garde et la protection de la direction de Salmeye Bebert.  » Elle a été placée dans notre centre d’accueil pour les enfants en situation difficile. Je l’ai vue hier et elle n’avait pas l’air malheureuse. Elle joue avec les autres enfants et elle a bien compris que c’était une situation provisoire.  » Zeinabou, qui n’a jamais été scolarisée, attend aussi avec impatience son inscription à l’école, loin des controverses qu’a suscitées son mariage au Niger.

Différents débats ont agité la radio et la télévision, mettant en lumière deux prises de position antagonistes.  » Suite à notre action, nous avons reçu des félicitations « , note Salmeye Bebert.  » Mais il y a beaucoup de parents qui sont indignés et dénoncent une violation de la vie privée. Il reste encore du travail à faire pour les convaincre et nous allons profiter de l’histoire de Zeinabou pour bâtir une campagne de sensibilisation.  » Une campagne qui s’annonce nécessaire.