Le Mali face au réchauffement climatique

A l’occasion du Salon de l’Agriculture de Paris, la Fondation pour l’agriculture et la ruralité dans le monde (FARM) a organisé, lundi, un débat intitulé De Copenhague à Dédougou, l’agriculture africaine, oubliée des négociations sur le climat? La rencontre avait pour objectif de faire un bilan des négociations de Copenhague et de la place accordée à l’agriculture africaine lors de ce sommet. Parmi les invités figurait le ministre de l’Environnement et de l’Assainissement du Mali, Tiémoko Sangaré, qui a accordé une entrevue à Afrik.com.

Le Mali est particulièrement touché par le réchauffement climatique. Le gouvernement du pays a mis en place plusieurs mesures pour améliorer la situation agricole. Mais de gros efforts restent à faire tant au niveau national qu’international. Explications.

Afrik.com : Quelles sont les conséquences du réchauffement climatique au Mali?

Tiémoko Sangaré:
J’ai été ministre de l’agriculture pendant la crise énergétique et alimentaire de 2007-2008. La population a augmenté et les productions agricoles ont baissé. L’Afrique est la première victime des changements climatiques. L’avancée du désert, la dégradation des sols, la baisse des productions agricoles… sont autant de réalités connues des Maliens. Nous sommes face à une situation où il devient difficile aux populations de vivre. Une des conséquences indirectes est très certainement le déplacement des populations, touchant gravement l’économie rurale. Dans le sud, des conflits sociaux commencent à émerger.

Afrik.com : Est-ce que d’autres facteurs ont été la cause des problèmes agricoles?

Tiémoko Sangaré :
Il y a sans aucun doute un problème de gouvernance mondiale. Dans l’accord de Copenhague, il n’y a pas eu de mesures claires prises pour les pays en voie de développement. La crise de 2007-2008 s’est traduite par une flambée des prix des produits alimentaires de base, comme le riz. Depuis, les prix ne parviennent pas à baisser et la population malienne connaît toujours de grandes difficultés.

Afrik.com : Quelles sont les mesures que vous préconisez?

Tiémoko Sangare :
Des mesures ont été prises pour tempérer l’augmentation des prix des produits alimentaires. Pour trouver de vraies solutions à ces problèmes, la priorité doit être l’adaptation et le transfert de compétences. Pour le moment, un seul projet est en train d’être agréé par le Mécanisme pour un développement propre (MDP). L’idée est qu’un pays industrialisé réalise un projet de réduction de gaz à effet de serre dans un pays en voie de développement.

Afrik.com : La question de l’alimentation n’est-elle pas plus urgente que la limitation de gaz à effet de serre pour le Mali?

Tiémoko Sangaré :

La question centrale de premier ordre reste en effet la sécurité alimentaire ! Mais comment y répondre? Il faut faire en sorte que la dégradation des sols, par exemple, soit réduite. Sur le plan politique, 19 projets sont proposés au Mali. En 2005, un «Plan National d’accès à l’eau potable 2004-2015 » a été adopté. La construction de stations d’épuration et des campagnes de sensibilisation sur l’hygiène sont en cours de réalisation. Aussi, le Gouvernement du Mali considère que la gestion des terres est une priorité pour le pays. Il s’est engagé à financer 100 millions de FCFA sur trois ans. Un vaste projet d’irrigation de l’eau est maintenant tourné vers le fleuve Niger. L’objectif est que les terres agricoles soient de nouveau cultivables. Il faut réussir à garantir aux producteurs des revenus convenables pour motiver la production.

Afrik.com : Quels obstacles avez-vous rencontrés?

Tiémoko Sangaré :
Lors d’un appel à tous les partenaires, nous avons été confrontés au scepticisme. C’est le dysfonctionnement économique qui fait que des mesures prises ont eu peu d’impacts. Malgré les difficultés, il faut faire une campagne pour subventionner, entre autres, le maïs et le coton. Aussi, le problème reste celui de la déforestation qui est intrinsèquement lié à l’extension des plantations agricoles.

Afrik.com : Pensez-vous que l’Afrique ait été l’oubliée du sommet de Copenhague ?

Tiémoko Sangare :
Je pense que l’Afrique soutient Copenhague. Contrairement au sommet de Barcelone sur le climat, les négociateurs Africains ne sont pas partis. C’est par le biais de ce genre de négociations que les pays du continent peuvent s’exprimer. Mais le Mali ne se sent pas concerné par la baisse des émissions, car il émet à peine 3% des gaz nocifs. On a demandé à l’ensemble des pays industrialisés de réduire de 40% leurs émissions d‘ici à 2020. Du côté financier, aucun engagement chiffré n’a été fixé. L’Afrique n’a eu le droit qu’à des promesses. L’Union européenne s’est engagée à débloquer 30 milliards de dollars entre 2009-2012 et 100 milliards jusqu’en 2020. Notre idée est alors de lutter contre le réchauffement climatique avec la création d’une charte africaine de compensation volontaire et solidaire. On veut montrer que l’Afrique n’est pas en marge de la recherche de solutions aux le réchauffement climatique.

 Le site de la Fondation pour l’agriculture et la ruralité dans le monde (FARM).

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