Le long exil de Nady Bamba, griote en chef de Laurent Gbagbo

La levée des sanctions européennes contre Nady Bamba, l’épouse coutumière de l’ancien chef d’Etat ivoirien Laurent Gbagbo, ne rime pas avec retour au pays. Au journal Le Temps, quotidien qu’elle a créé mais qu’elle ne dirige plus depuis un mois, on affirme que son exil ne relève pas encore du passé.

« Mme Bamba n’est pas à Abidjan. Elle ne viendra même pas maintenant », affirme au téléphone Sékou Fofana, chef technique des éditions de la régie publicitaire Cyclone qui édite le journal ivoirien Le Temps, proche de Laurent Gbagbo. Contrairement aux rumeurs Nadiana « Nady » Bamba, l’épouse coutumière de l’ancien président ivoirien n’est pas en Terre d’Eburnie comme l’affirmait le journal Le Mandat. Une information démentie par d’autres parutions. Outre son absence en Côte d’Ivoire, il semblerait qu’elle ne tienne plus les rênes de la régie publicitaire qu’elle avait crée au début des années 2000, également éditrice de la revue people Prestige mag. « Depuis un mois, Madame Bamba n’est plus le PDG de Cyclone, c’est maintenant M. Ousmane Sy Savane (il était anciennement directeur général de la régie) », explique Sékou Fofana qui précise qu’il ne dispose pas d’informations privées sur l’autre première dame ivoirienne.

Elle n’est plus PDG, mais peut-être est-elle toujours propriétaire de la régie dont le siège a été pillé pendant la crise post-électorale ? « Elle se retire de la régie Cyclone », répond simplement M. Fofana qui rappelle les conditions de travail de ses collaborateurs du Temps. « Nous n’avons pas de siège. Tout le bâtiment a été pillé, même les prises électriques. On a plus de moyens ». Le journal qui a commencé à reparaître au début de ce mois juin est réalisé grâce à « deux machines et une imprimante ». Mais pas de quoi décourager l’équipe du Temps dont le titre a fait l’objet d’une suspension de « six jours la semaine dernière » pour un article qui aurait déplu aux nouvelles autorités de Côte d’Ivoire. Son auteur fait également l’objet d’une suspension de « deux mois », affirme Sékou Fofana. Car le quotidien est resté « bleu », c’est-à-dire « pro-Ggagbo ». « On défendait le président de la République. On a fait le combat de Laurent Gbagbo. La ligne éditoriale ne change pas », affirme M. Fofana. Même « si on se débrouille puisque ceux qui dirigeaient l’entreprise ne sont plus là ». Nady Bamba notamment. Elle a été la directrice du journal.

Le porte-voix de Laurent

Proche de la quarantaine, l’ancienne correspondante de la radio panafricaine Africa n°1 a été pendant le règne de Laurent Gbagbo et jusqu’au premier tour de la présidentielle ivoirienne du 31 octobre 2010 l’une des chevilles ouvrières de la communication de son président de mari. Originaire de Touba, dans le Nord de la Côte d’Ivoire, elle s’est fait l’instrument de la conquête de cet électorat acquis majoritairement à Alassane Ouattara, l’actuel chef de l’Etat ivoirien, par Laurent Gbagbo. Sur le terrain, elle bat campagne pour le candidat-président. «Je suis venue me présenter à vous, mes parents de l’Ouest montagneux. Vous dire que je suis Nady Bamba, épouse du président Laurent Gbagbo. Je viens vers vous pour réitérer la candidature de mon mari. Me confier à vous et vous confier mon mari», fait-elle savoir à Man, dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, où elle précède l’ancien chef de l’Etat ivoirien dont elle annonce la visite pour le 14 octobre 2010. Les faits sont rapportés par le journal Nord-Sud dans un article daté du 1er octobre 2010.

De son engagement politique auprès de Laurent Gbagbo, elle n’aura gardé aucune séquelle « internationale ». Nady Bamba figurait sur la liste des sanctions européennes – interdiction de visa et gel des avoirs – pour « obstruction au processus de paix et de réconciliation par l’incitation publique à la haine et à la violence et par la participation à des campagnes de désinformation en rapport avec l’élection présidentielle de 2010 ». Mais le 8 juin dernier, la Cour de justice européenne (CJE) levait les sanctions qui pesaient sur elle depuis décembre dernier au motif que l’Union Européenne (UE) « n’a pas motivé de manière suffisante en quoi (elle) a fait obstruction au processus de paix et à la réconciliation en Côte d’Ivoire ».

L’exil : la voie de la raison

A plusieurs reprises durant la crise post-électorale, des appels lui sont lancés pour qu’elle tente de convaincre Laurent Gbagbo de quitter le pouvoir. « Le 29 novembre, lendemain du vote, j’ai demandé à notre ami l’architecte Pierre Fakhoury, qui est un homme de bonne volonté, ainsi qu’à sa seconde épouse, Nady Bamba, de bien vouloir le prendre en charge psychologiquement et de le préparer à reconnaître l’inéluctable », confiait ainsi le Premier ministre ivoirien Guillaume Soro à l’hebdomadaire Jeune Afrique en janvier dernier. Lors d’une conférence de presse, l’artiste Alpha Blondy fera également appel à sa capacité de persuasion. Nady Bamba s’avère apparemment impuissante d’autant qu’elle n’est plus dans les bonnes grâces du président, évincée par sa rivale et compagne politique de toujours du leader du Front populaire ivoirien (FPI), Simone Gbagbo. Elle prend le relais de l’organisation de la campagne présidentielle entre les deux tours. Fini le temps où elle était confiée a celle qu’on surnomme « petite maman » et qui avait les honneurs des journaux télévisés de la RTI, télévision publique ivoirienne, sans que jamais le sujet ne précise qui elle est, entre autres la responsable de la régie publicitaire de la deuxième chaîne de télévision du réseau public. Simone n’a d’ailleurs jamais cru à une éventuelle expertise politique de sa co-épouse. La guerre entre les deux femmes de Laurent Gbagbo a fait couler beaucoup d’encre et de salive sur les rives de la lagune Ebrié.

« Mme Nady Bamba vient en aide aux sinistrés de la tornade » – Reportage RTI

Le camp Gbagbo conteste la victoire d’Alassane Ouattara au second tour du 28 novembre 2010. Le 2 décembre, après l’annonce par la commission électorale de la victoire d’Alassane Ouattara, la Côte d’Ivoire plonge dans une crise post-électorale et Nady Bamba prend bientôt le chemin de l’exil. Son fils, qu’elle a eu avec Laurent Gbagbo, est du voyage. Elle aurait trouvé actuellement refuge en Guinée Equatoriale après qu’on a signalé sa présence un peu partout en Afrique de l’Ouest. Nady Bamba, dont une seule photo circule sur le Net, joue la carte de la discrétion et a su protéger ses arrières. Celle qui constitue l’autre famille de Laurent Gbagbo n’aura pas été arrêtée dans le bunker présidentiel le 11 avril dernier, à l’instar des autres membres du clan Gbagbo. Comme Simone, détenue loin de son époux qui est en résidence surveillée à Korhogo. Mais Le Temps, lui, est toujours aux côtés de Laurent Gbagbo.