Le leadership de Jacob Zuma vivement attendu sur le continent africain

Il apparaîtrait sans doute tout naturel que le pays le plus riche du continent assure le leadership sur les principales questions d’importance. Au nom du continent, l’Afrique du Sud est de plus en plus associée aux plus grands rendez-vous internationaux ; plus accessoirement, ce pays abritera dans un an la première Coupe du Monde de football organisée sur le sol africain. Son leadership sur la scène continentale est toutefois encore relativement timide, caractérisé par un certain tropisme méridional, une approche voulue conciliante mais controversée du fait de ses allures souvent jugées par trop réfléchies. Thabo Mbeki était, sans qu’on lui en reconnaisse une passion débordante, engagé dans de nombreuses négociations en Afrique australe ; Jacob Zuma à qui, a priori on prêterait mal d’originales appétences panafricanistes, affirme vouloir poursuivre la même politique étrangère. Est-il pourtant possible de concevoir des avancées significatives à l’échelle du continent sans un engagement plus solennel et plus visionnaire de l’Afrique du Sud ?

Les trois premiers pays du continent sont bien connus : l’Afrique du Sud première économie, le Nigeria 2e PIB et pays le plus peuplé, l’Egypte puissance arabe et première armée du continent en nombre, mais la vision continentale de leurs leaders respectifs s’avère plutôt discrète. Souvent absorbés par les immenses défis nationaux, ou embourbés dans des problématiques régionales, ils laissent sur le continent la place à de rares initiatives souvent mort-nées. Si le NEPAD (New Partnership for Africa’s Development) a suscité à son lancement en 2001 de réels espoirs de prise en main inédite du destin du continent par les leaders africains, ce qu’il en est advenu aujourd’hui est bien loin des espérances. En fusionnant les plans Omega d’Abdoulaye Wade (Sénégal) et le plan MAP (Millenium African Plan) d’Abdelaziz Bouteflika (Algérie), Olusegun Obasanjo (Nigeria) et Thabo Mbeki (Afrique du Sud), il annonçait l’émergence d’une Afrique qui se prendrait enfin en charge. Mais peut-être les promoteurs du Nepad ont-ils surestimé la maturité des pays qui composent ce continent où les institutions démocratiques sont encore un peu partout en chantier, oubliant que dans un tel contexte le poids des enjeux politiques sur les ambitions économiques est écrasant.

Maniant pondération et modestie, l’Afrique du Sud a alors assumé sans passion son rôle de locomotive, notamment dans la région australe du continent. Ses errements dans la gestion de la crise zimbabwéenne ont montré les limites d’un leadership régional vraisemblablement embarrassé par un passé trop récent et relativement chargé. Thabo Mbeki a toujours soutenu une diplomatie d’endurance, cédant souvent à son corps défendant aux caprices d’un Robert Mugabe eu égard, dans le cas d’espèce, au soutien déterminant que ce dernier apportait encore il y a peu à l’ANC. L’action de son successeur semble donc sans grande surprise s’inscrire dans le même registre. Aux termes de son discours du 03 juin 2009 sur l’état de la Nation prononcé devant le parlement, Jacob Zuma a défendu, sans relief, une politique étrangère axée sur la promotion de la paix et le développement sur le continent en bonne intelligence avec l’Union Africaine et le Nepad. C’est-à-dire le minimum syndical, priorité étant donnée aux immenses enjeux de politique intérieure.

Peut-être est-il trop tôt pour attendre davantage de ce pays, qui bien que géant à l’échelle africaine, a besoin de se reconstruire de l’intérieur et de raffermir sa fragile unité. Peut-être sous-estime-t-on le défi qu’est de mobiliser les énergies du continent encore quotidiennement distraites par diverses convulsions qu’alimentent famine, endémies, confiscation du pouvoir politique, et autre rebellions armées.

Que penser donc des dernières trouvailles libyennes : les Etats-Unis d’Afrique, la monnaie unique africaine, la Banque Centrale Africaine d’Abuja, le Fonds Monétaire Africain de Yaoundé, et la Banque Africaine d’Investissements de Tripoli, sans une implication forte de l’Afrique du Sud ? Ces projets aux allures gargantuesques ne tolèreront pas longtemps le leadership par trop intéressé dont ils semblent déjà souffrir. Ce qui est attendu de la France et de l’Allemagne au sein de l’Union Européenne, Jacob Zuma et ses pairs des autres pays leaders naturels du continent doivent tôt ou tard le démontrer au sein de l’Union Africaine. A défaut, le destin continental demeurera encore longtemps orphelin, pendant que les chefs d’Etat africains continueront de se retrouver à intervalles réguliers pour partager café et petits fours, agrémentés de l’éternel chapelet de bonnes intentions, récité sur fond de pathétiques anecdotes sur les rescapés de la toute dernière tentative de coup d’Etat. J’ose croire que nous voulons tous en sortir.