Le jour où la Côte d’Ivoire vota

Les Ivoiriens iront enfin voter ce 31 octobre 2010. Certains n’y croiront que lorsqu’ils déposeront leur bulletin dans les urnes.

Le vote tant attendu aussi bien par les Ivoiriens que la communauté internationale depuis 2005 est sur le point de se dérouler sous les yeux de quelque 2 000 journalistes. Cette présidentielle ivoirienne pourrait être celle de tous les superlatifs. En premier lieu, son coût semble à la mesure de l’évènement : 20 milliards de francs CFA, soit 10% de budget national. C’est l’élection la plus chère qu’ait connu le continent africain.

Plus de 5,7 millions d’Ivoiriens iront choisir parmi quatorze prétendants dont une femme, Jacqueline Lohoues Oble, le potentiel successeur de Laurent Gbagbo, qui compte bien remporter la manche. Le candidat du Front populaire ivoirien, désormais de La majorité présidentielle (LMP), souhaite prendre sa revanche dans les urnes. Le coup d’Etat manqué du 19 septembre 2002 est un souvenir amer en dépit du compromis trouvé avec les ex-rebelles des Forces Nouvelles. Guillaume Soro, leur secrétaire général, est aujourd’hui devenu Premier ministre. Il jouera même certainement les arbitres entre le Président sortant et ses adversaires de toujours. Henri Konan Bédié, le leader du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), et Alassane Dramane Ouattara, le chef du Rassemblement des Républicains (RDR).

Chacun d’entre eux a une revanche à prendre. Tout comme Gbagbo, Bédié a lui aussi été victime d’un coup d’Etat, réussi celui-ci, en décembre 1999. Le Sphinx de Daoukro (ville natale du président du PDCI) ne rêve que d’une seule chose : réparer ce qu’il considère comme un affront. Frappé depuis longtemps par la limite d’âge, sa candidature reste légitime, comme prévu par les accords de Pretoria, l’un de ceux qui ont émaillé la crise ivoirienne. Ils avaient prévu les multiples reports du scrutin présidentiel.

Si Gbagbo et Bédié entendent rester ou revenir aux affaires, Alassane Ouattara veut, lui, simplement prouver qu’il aurait pu diriger la Côte d’Ivoire, si seulement on lui avait permis d’accéder à la magistrature suprême. L’ivoirité, formalisée dans le code électoral, a eu raison maintes fois de ses ambitions politiques. L’ancien Premier ministre de Félix Houphouët-Boigny, celui qui instaura la carte de séjour, a été accusé par ses détracteurs d’être l’étranger venu du Burkina qui prétendait vouloir diriger la Terre d’Eburnie. Reste que pour chacun d’entre eux, le grand nombre de candidats fait s’éloigner la perspective d’une victoire au premier tour !

Le dimanche 31 octobre, une nouvelle page de l’histoire politique ivoirienne s’est ouverte. Les élections les plus démocratiques que la Côte d’Ivoire ait connues depuis l’avènement du multipartisme et la mort du «Vieux » ont lieu, sauf catastrophe naturelle. Les Ivoiriens sauront enfin ce que vaut le trio Bédié-Ouattara-Gbagbo qui a marqué la dernière décennie. La Côte d’Ivoire souhaite que les espoirs qu’ils cristallisent depuis si longtemps ne plongeront pas le pays dans une nouvelle crise, alors même qu’elle veut se défaire de celle qui la mine depuis déjà 8 ans.

La question ivoirienne a immanquablement rythmé les colonnes d’Afrik.com, le premier quotidien panafricain francophone en ligne, né en 2000, comme en témoignent les différents dossiers consacrés à la Côte d’Ivoire. Notre média se devait d’être au rendez-vous de cet évènement politique majeur de la décennie en Afrique de l’Ouest. Comme à son habitude, Afrik.com a mis en exergue la singularité, le dynamisme d’un continent maltraité par les médias. C’est pourquoi, outre les principaux candidats, nous nous sommes attardés sur deux figures insolites de cette élection : Jacqueline Lohoues Oble, la seule femme engagée dans la course présidentielle, et le comédien Dolo Adama, alias Adama Dahico. Toute la rédaction s’est mobilisée pour vous permettre de suivre ce scrutin historique. Bonne lecture.