Le héros du film Hôtel Rwanda traqué par la justice

Le parquet général du Rwanda a accusé mardi Paul Rusesabagina, dont l’histoire durant le génocide a inspiré le célèbre film « Hôtel Rwanda », de soutenir les rebelles hutus du FDLR basé en République démocratique du Congo. Paul Rusesabagina, qui vit en Belgique, gérait un hôtel à Kigali en 1994, où il a recueilli des milliers de Tutsies qui fuyaient les massacres.

Paul Rusesabagina dans le collimateur de la justice rwandaise. L’ancien dirigeant de l’hôtel des Milles collines à Kigali est accusé de financer avec d’autres de ses compatriotes, qui vivent en Belgique et aux Etats-Unis, les rebelles hutus des Forces démocratique de libération du Rwanda (FDLR). Le mouvement basé en République démocratique du Congo (RDC), dont certains membres sont accusés d’avoir pris part au génocide contre les Tutsis, est considéré par les autorités rwandaises comme une menace contre la sécurité de leur pays.

Martin Ngoga, le procureur général, a affirmé disposer de la preuve des transferts d’argent que Paul Rusesabagina aurait effectué avec l’aide de l’opposante hutu, Victoire Ingabere, présidente des Forces démocratiques unifiées (FDU), actuellement détenue au Rwanda pour complicité de terrorisme et atteinte à la sureté de l’Etat.

Mais Paul Rusesabagina, 57 ans, exilé en Belgique, a rejeté toutes ces accusations. Actuellement hospitalisé à Bruxelles, il a indiqué lundi lors d’une interview accordé à VOA qu’il n’a pas envoyé d’argent au Rwanda depuis au moins sept ans. Selon lui, le gouvernement mène une campagne de dénigrement à son encontre. Elle a été entamée par « le président Kagamé lui-même par des insultes à ma personne, et des menaces d’élimination physique par des accidents de voiture », a-t-il dit. Pour lui, « les dirigeants du Rwanda sont aussi accusés d’avoir commis un génocide contre les Hutus au Congo ». Il estime que « ce sont des criminels et génocidaires présumés, comme tant d’autres génocidaires présumés qui sont dans l’impasse, et qui voudraient se défouler sur la population ».

Un héros contesté

L’ancien directeur adjoint de l’hôtel des Milles collines, qui a inspiré le film hollywoodien Hôtel Rwanda, est célèbre pour avoir recueilli, en 1994, 1 268 Tutsis et Hutus modérés menacés d’être exécutés durant le génocide. Président de la fondation « Hotel Rwanda Rusesabagina Foundation », il se considère comme « l’avocat de la solution par le dialogue » entre les deux ethnies. Basée à Chicago, la Fondation organise plusieurs conférences chaque année. Une initiative qui lui a valu à la mi-novembre à Washington, le prix de la Fondation Lantos pour les droits de l’Homme et la justice.

Si son rôle durant le génocide a été salué par la communauté internationale, ce n’est pas le cas pour nombre de ses compatriotes qui racontent une toute autre version. Alors que l’ex-directeur assure avoir utilisé son influence pour prêter main forte aux Tutsis et Hutus qui ont fui vers l’hôtel des Mille Collines, qui était sous la protection de l’ONU, certains rescapés de l’hôtel ne confirment pas cette hypothèse rendue célèbre par le film. L’association Rwandaise au Canada et bien d’autres l’accusent en réalité d’avoir exigé de l’argent pour secourir les victimes.

Alors qu’il s’apprêtait à se rendre au Canada, à Winnipeg, début novembre, pour rencontrer l’ancien vice-président américain Al Gore et d’autres dignitaires, Paul Rusesabagina a été contraint d’annuler sa visite à la suite d’une forte contestation de la communauté rwandaise du pays. Celle de Toronto a aussi demandé au gouvernement fédéral de refuser son entrée au Canada.