Le grand pardon ?

C’est à la mode. Dictateurs et chefs d’Etats africains demandent pardon. Pour les crimes de sang et les humiliations subies par leurs peuples. Pardonner, c’est effacer le passé. Et continuer la course. Blaise Compaoré, président du Burkina Faso, demande pardon pour l’assassinat du journaliste Norbert Zongo et pour toutes les brimades auxquelles se sont adonné joyeusement ses forces de police. Le Niger ne veut pas tourner la page de l’assassinat d’Ibrahim Baré comme on expédie d’un haussement d’épaules un méfait anodin. La famille de Thomas Sankara, autre président abattu, s’insurge contre l’oubli. Peut-on pardonner avant que justice ne se fasse ? Les victimes, encore vivantes, et leurs proches ne le croient pas. Et elles ont raison. Le pardon sans justice est amnésie. Cela reste au mieux une bonne intention. Au pire, une hypocrisie. La vérité avant le pardon. Nelson Mandela a instauré la commission Réconciliation et Vérité. Avec son talent de grand homme d’Etat, il a réussi à éviter la vengeance aveugle, absurde des tribunaux populaires, en donnant tout son sens à la justice. Sa clémence n’est pas faiblesse. Car Dame justice est passée. Nombreux sont les chefs d’Etats qui craignent que le cas Pinochet ne se généralise. L’émergence du Tribunal pénal international n’est pas fait pour les rassurer. Car, une fois arrivés à terme de leurs mandats électifs, semi-électifs ou abusifs, ils redeviennent citoyens ordinaires. Il suffit d’une plainte d’une victime pour que le train justice passe. Le dictateur tchadien Hissène Habré peut en témoigner. Devenu hôte encombrant pour le Sénégal, il est prié d’aller trouver refuge ailleurs. Le pardon, oui. Mais justice d’abord. Au nom du passé et de l’avenir.