Le gaz à prix d’or

La ménagère camerounaise est aux abois depuis deux semaines. Les bouteilles de gaz domestique ont disparu du marché. A l’origine de cette pénurie, la SCTM, l’une des principales sociétés chargées de la distribution du gaz au Cameroun.

Au Cameroun, à chaque quinzaine suffit sa pénurie. Après celle du riz rond (le riz taïwanais), il y a un mois et la carence provoquée du poulet congelé à la mi-août, c’est aujourd’hui le gaz domestique qui est introuvable. Plus précisément, le gaz distribué par la SCTM (Société camerounaise de transformation métallique), leader du marché national. Elle détient 70 % des parts du marché de la distribution du gaz domestique.

Trois autres sociétés, Total Fina, Texaco et Camgaz se partageant les 30 % restants. Une situation de quasi monopole pour la SCTM, accentuée par le fait que les bouteilles de gaz ne sont pas interchangeables sur le marché camerounais. Celui qui détient une bouteille SCTM ne peut s’approvisionner qu’à la SCTM. Et comme par malchance, c’est justement la SCTM qui connaît une pénurie.

Le gaz vendu au plus offrant

A Yaoundé et à Douala, ce sont de longues files d’attente qui se forment devant les dépôts de la société et chez les revendeurs. Parfois, c’est très tôt le matin que les ménagères prennent d’assaut les quelques lieux où elles peuvent ce procurer ce sésame qui leur permettra enfin de faire la cuisine.

 » C’est la dixième boutique que je fais depuis ce matin, sans succès « , se désole Anne Ngo Ntamack, mère de trois enfants. Très souvent, cette quête absolue de gaz SCTM ressemble à une séance de vente aux enchères. La bouteille est vendue au plus offrant.  » J’ai dû miser près de 10 000 Fcfa (15,88 euros) pour me procurer une bouteille de gaz de 12,5 kg .C’était un énorme coup de bol de l’avoir après une semaine de recherche. Ma voisine a acheté la sienne plus cher encore « , affirme une autre mère de famille.

Le désarroi de la ménagère camerounaise

En quelques jours, le prix du gaz domestique officiellement fixé par un arrêté du ministère camerounais de l’économie et des finances (Minefi) à 4 300 Fcfa la bouteille de 12,5 kg est passé du simple au triple chez certains détaillants. Plongeant les plus démunis dans le désarroi.

Sur les raisons de cette disparition assez suspecte du gaz SCTM, pas de déclarations officielles. Au siège social de la SCTM à Bonabéri, à Douala, c’est motus et bouche cousue. La presse est persona non grata. Les informations recueillies auprès des diverses sources à Douala et à Yaoundé font état d’un réseau de revente du gaz en Guinée Equatoriale et en République Centrafricaine.  » Ce sont de nouveaux marchés porteurs « , déclare un responsable du Minefi.  » Dans ces pays, une bouteille de gaz de 12,5 kg coûte environ 20 000 Fcfa.  » A ce prix, la ménagère camerounaise risque bien d’attendre longtemps le retour sur le marché du gaz SCTM.