Le Gabon est-il au bord de l’explosion sociale ?

Célestine Dikike

Depuis quelques jours, à Libreville, plusieurs administrations et services ne fonctionnent plus à cause des mouvements d’humeur des travailleurs qui réclament soit le payement de leurs salaires, soit l’amélioration de leurs conditions de travail. Cette situation tend à se généraliser, a constaté le correspondant local d’Afrik.com.

Notre correspondant à Libreville

Lors de leur assemblée générale la semaine dernière, les agents municipaux en grève depuis plusieurs semaines ont décidé de durcir le ton en interrompant le service minimum qui permettait encore aux usagers d’avoir accès à certains services de la municipalité. Même la rencontre avec leur ministre de tutelle André Mba Obame qui a tenté de calmer et de rassurer n’a pu changé la position des grévistes qui exigent aujourd’hui la satisfaction totale de leurs revendications.

« Nous avons été floués et bernés pendant longtemps par les autorités en charge de la gestion des problèmes de la municipalité. Ce sont des actes que nous exigeons aujourd’hui et rien ne peut nous ramener au travail si ce n’est la satisfaction de nos revendications » a déclaré Célestine Dikike , présidente du syndicat des agents municipaux de Libreville.

Célestine DikikeLes grévistes exigent la prise en compte de l’assurance maladie et le payement intégral des cotisations des travailleurs de la mairie auprès de la caisse nationale de sécurité sociale. Cette situation dure depuis six ans et aucun agent municipal retraité ne touche sa pension de retraite depuis plusieurs années. Les retraités vivant dans le dénuement total envisagent entamer aussi une grève de la faim pour montrer leur misère aux yeux de la communauté internationale.

Le président de la République, Bongo Ondimba, a dit ne pas comprendre pourquoi  » les gens qui ont travaillé et cotisé leur argent pendant de longues années ne peuvent pas percevoir leurs droits » . Ce problème met en lumière les disfonctionnements de l’administrations gabonaise dont les victimes sont le plus souvent les couches sociales les plus vulnérables.

Une volonté de se faire entendre avant les élections

La crise qui secoue les communes de Libreville tend à s’étendre dans d’autres administrations du pays. Les enseignants de l’école consulaire de Libreville ont arrêté le travail depuis plusieurs semaines pour réclamer le payement de leurs vacations. Le personnel de la chambre de commerce, d’agriculture et d’industrie de Libreville est en grève depuis trois semaines. Il revendique le paiement des droits aux retraités, le rétablissement de l’assurance maladie et une meilleure distribution des salaires. La plupart des travailleurs de cette institution ont passé les fêtes de fin d’année sans salaire et appellent l’arbitrage du chef de l’Etat gabonais qui selon le président du syndicat de cette institution, Célestin Obiang Ndong, est la seule personne qui peut dénouer la crise que traverse cet établissement.

Le monde de l’audiovisuel va mal aussi. La chaîne de télévision privée Télé Africa n’émet plus depuis plus de deux semaines. Les journalistes ont déposé le micro et réclament de meilleures conditions de travail.

Les périodes qui précèdent les élections au Gabon sont toujours marquées par des mouvements d’humeur des travailleurs qui profitent de la main tendue de la classe politique qui a besoin de l’électorat pour faire aboutir aussi leurs revendications sociales dans une forme de clientélisme ou de troc électoral. Il est fort probable que, d’ici le mois d’avril au cours duquel se tiendront les élections locales, ces mouvement d’humeur s’exacerberont dans le pays, le peuple sachant qu’après le vote les hommes politiques deviendront sourds et muets.