Le Festival Image et Vie de Dakar met l’enfant africain à l’honneur

Organisé par l’ONG d’action culturelle et cinématographique Groupe Image et Vie depuis 2001, le Festival de cinéma Image et Vie se tient du 13 au 17 juin 2009 à Dakar et sera étendu à la Gambie et à la Mauritanie grâce au réseau des Centres Culturels et d’Alliances Françaises de ces pays. À l’occasion de cette 9e édition baptisée « Enfants et regards croisés », les passionnés de cinéma professionnels et amateurs célèbreront, le 16 juin, la Journée Internationale de l’Enfant Africain en commémoration des adolescents sud-africains massacrés à Soweto en 1976.

Le festival Image et Vie participe à l’éveil des consciences et à l’éducation à l’image des populations à travers la projection d’une quarantaine de films de tous genres issus d’Afrique et d’ailleurs. En 2009, la manifestation s’est étendue à Richard Toll, Saint Louis, Bambey et Thiès du 3 au 11 juin. Dans un contexte de crise de l’exploitation et de la diffusion cinématographique en Afrique, les projections organisées par Image et Vie sont la preuve irréfutable de l’envie et de la mobilisation suscitée par le septième art sur le continent. Entretien avec son président, Khalilou Ndiaye.

Afrik.com : En 2009, la majorité des salles de cinéma d’Afrique de l’Ouest n’existent plus et la crise financière mondiale a largement diminué la part de subventions allouées à la culture. Dans ce contexte-là, comment le 9e festival Image et Vie s’est-il mis en place ?

Khalilou Ndiaye :
À sa création, le festival Image et Vie s’était donné pour ambition de défendre les salles de cinéma, de relancer la fréquentation en donnant aux jeunes le goût du cinéma et de contribuer à la promotion de l’éducation et de la culture par le cinéma. Ce sont des amoureux de cinéma, peinés par l’absence de rendez de cinéma majeur (les célèbres rencontres de cinéma de Dakar « Récidak » ayant disparues) qui se sont décidés en 2001 à créer Image et Vie.

Afrik.com : La première édition du festival avait pour thème « Enfant et cinéma ». En quoi cette neuvième édition intitulée « Enfants et regards croisés » se différenciera-t-elle ?

Khalilou Ndiaye :
Notre slogan est « Promouvoir la culture et l’éducation par l’image » et l’on sait que la meilleure éducation doit commencer très tôt. Les enfants sont au cœur de notre préoccupation. Nous voulons leur inculquer la cinéphilie, les éduquer à l’image, et développer leur esprit critique, pour leur permettre d’avoir leur point de vue et le défendre.

Afrik.com : Image et Vie récompense trois catégories de compétition : meilleur film documentaire, meilleur comédien et meilleur film élu par le public. Le jury de cette année sera-t-il composé d’enfants ?

Khalilou Ndiaye :
Le jury jeune public est composé de jeunes de moins de 25 ans.

Afrik.com : La mise en place de récompenses a-t-elle permis une meilleure diffusion des œuvres primées par le festival ?

Khalilou Ndiaye :
On ne saurait l’affirmer. Mais depuis 2001 on se rend compte que le public a une meilleure opinion des films africains qu’il a appris à mieux connaître durant le festival.

Afrik.com : La fermeture des salles aidant, les jeunes sont davantage adeptes de la télévision que du cinéma. Comment parvenez-vous à les mobiliser lors de la manifestation ?

Khalilou Ndiaye :
Nous avons installé des ciné-clubs de quartier en plein air, avec un total de 1500 membres inscrits dans trois quartiers différents. Pendant les projections, nous avons près de mille enfants. Durant le festival, ces jeunes viennent aux projections en plein air mais sont aussi invités à la Journée de l’Enfant Africain organisée le 16 juin et qui leur est spécialement dédiée.

Afrik.com : Quelles actions pensez-vous mener en faveur de la journée de l’Enfant Africain le 16 juin prochain ?

Khalilou Ndiaye :
Rappeler et défendre les droits des enfants, distribuer une brochure sur les droit des enfants, faire un plaidoyer en leur faveur, et montrer à leur parents et encadreurs, le temps de cette journée, que la culture est importante dans la construction de l’enfant.

Afrik.com : Par quels moyens sensibilisez-vous à l’éducation à l’image un public habitué à des images issues d’autres cultures ?

Khalilou Ndiaye :
Dans les ciné-clubs, avant les projections, les animateurs expliquent aux enfants l’histoire du cinéma, le muet, le film noir et l’arrivée du son et de la couleur, les différents genres comme le burlesque, la différence entre fiction et documentaire, le tout sur un mode ludique adapté du modèle des ciné-clubs suisses La lanterne magique.
Afrik.com : Cette année, votre festival se délocalisera à Richard Toll, Saint Louis, Bambey et Thiès. Pourquoi avoir choisi ces villes-là ?

Khalilou Ndiaye :
Nous nous sommes déplacés dans l’axe nord parce que les salles ont presque totalement disparu dans cette zone. Nous voulons y entretenir la cinéphilie en attendant que des solutions soient trouvées aux problèmes des salles

Afrik.com : Comment pensez-vous mobiliser les habitants de ces villes ?

Khalilou Ndiaye :
Nous avons des relais locaux et des associations partenaires qui diffusent les informations. Nous utilisons aussi les radios locales.

Afrik.com : Le public sénégalais est-il réceptif aux projections cinématographiques ?

Khalilou Ndiaye :
Il en est très friand. Nos projections dans les quartiers populaires ont plein de succès et les spectateurs restent jusqu’à la fin.

Afrik.com : En 2009, le festival s’étendra aussi en Mauritanie et en Gambie. Pourquoi ?

Khalilou Ndiaye :
Nous cherchons à construire un réseau en Afrique de l’Ouest pour faire vivre et exister des films. Nous voulons fédérer les bonnes initiatives et travailler avec des associations qui ont les mêmes engagements que nous comme par exemple La Maison des Cinéastes en Mauritanie et les Scouts gambiens à Banjul [les Scouts de Gambie ont reçu le prix Panafricain de l’Esprit Entrepreneur 2008 pour leur méthode de travail en matière d’éducation en Afrique].

Afrik.com : La programmation met en exergue des productions du Mali, de la Gambie, de la Mauritanie et du Cap Vert. En quoi les créations de ces pays peuvent intéresser le public Sénégalais ?

Khalilou Ndiaye :
Ces pays partagent les mêmes langues et les mêmes cultures, donc les mêmes réalités et sont limitrophes du Sénégal.

Afrik.com : Pensez-vous que la pérennité de festivals comme Image et Vie contribuera à l’émergence de nouvelles salles de cinéma en Afrique ?

Khalilou Ndiaye :
Ils permettent en tout cas d’entretenir et de développer la cinéphilie en attendant des lendemains meilleurs pour le cinéma en Afrique.

Voir aussi :

 Le site d’Image et Vie

 Le site de La lanterne magique (Suisse)

 Le site de La Maison des Cinéastes (Mauritanie)