Le Festival de Danse Instances consacre sa 10e éditon à l’Afrique du Sud

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Le Festival de Danse Instances a choisi de consacrer sa 10e édition, qui se tiendra du 20 au 24 novembre à l’Espace des arts de la scène nationale de Chalon-sur-Saône, et mettra en scène 15 représentations, à l’Afrique du Sud. Pour Géraud Malard, le secrétaire général du festival, on ne peut pas travailler sur la danse sans s’intéresser à l’Afrique, encore moins à l’Afrique du Sud.

Afrik.com : Pouvez-vous rappeler le principe du Festival ?

Géraud Malard :
Il a été créé en 2002. Cette année, c’est donc sa 10e édition et elle est dédiée à l’Afrique du Sud. Le Festival de Danse Instances a une approche locale, en se déroulant dans une petite ville, Chalon-sur-Saône (45 000 habitants). Il reste, néanmoins, ouvert sur le monde depuis ses débuts. Ce festival se concentre sur l’actualité chorégraphique et créative internationale, avec quelques focus sur la Russie, l’Espagne, l’Italie etc… Ce qui n’est, toutefois, pas systématique.

Afrik.com : Pourquoi avez-vous choisi de consacrer votre festival à l’Afrique du Sud ?

Géraud Malard :
C’est difficile de travailler sur la danse sans s’intéresser à l’Afrique qui connaît un développement important de créations et chorégraphies contemporaines, notamment en Afrique du Sud. Après plusieurs prospections et contacts, nous nous sommes rendus compte que ce pays était un terreau artistique suffisant pour lui accorder un focus dans le cadre de notre festival. Là-bas, il existe une effervescence intello-artistique malgré le contexte défavorable aux artistes. Nous avons, par ailleurs, fait des rencontres intéressantes avec des artistes et chorégraphes sud-africains.

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Afrik.com : Parlez-nous de ces rencontres

Géraud Malard :
Il s’agit de trois femmes. Elles font office de fil rouge de cette édition. Elles représentent et incarnent tous les espoirs d’une société (sud-africaine, ndlr), très fragmentée, où la question du vivre ensemble, après l’Apartheid, est problématique, avec des inégalités énormes et exacerbées. Elles expriment cette colère à travers une énergie engagée et brute. L’une d’elle se présente nue devant le public. Elle dénonce notamment l’oppression religieuse des églises évangéliques et celle faite aux femmes, pour nous renvoyer aux questionnements -identitaires, de l’origine- qui dépassent les frontières sud-africaines. Cette colère se transforme ensuite en des revendications fortes (sont ainsi imaginés, dans le spectacle, des décrets permettant aux gens de passer de la couleur noire à la couleur blanche illustrant ainsi les questionnements identitaires du pays). C’est pour toutes ces raisons que ces rencontres nous ont touchées. D’où notre envie de les présenter au public du Festival de Danse Instances lors de cette 10e édition.

Afrik.com : Ce focus Afrique du Sud a-t-il un but précis ?

Géraud Malard :
Il s’agit de proposer un regard subjectif. Parmi les 12 compagnies de danse sud-africaine, 5 d’entre elles participeront à notre festival. Ce qui veut dire que des choix ont été opérés. L’idée ? Présenter un regard en phase avec la perception que nous avons de l’Afrique du Sud et favoriser la rencontre entre le public et les artistes sud-africains, dont certains se trouvent dans des conditions très difficiles.

Afrik.com : Quelle est votre programmation ?

Géraud Malard :
Le Festival de Danse Instances propose, cette année, 15 représentations durant cinq jours, du 20 au 24 novembre, avec 2 à 3 spectacles par soir. Les grandes institutions européennes manifestent un intérêt grandissant sur ce qui se passe en Afrique du Sud. En France aussi, c’est le même constat. Le festival d’Avignon et la Biennale de Lyon ont tous deux mis le projecteur sur l’Afrique du Sud. L’idée c’est de rendre plus visible le mouvement artistique que traverse ce pays.

Afrik.com : Pourquoi votre focus sur l’Afrique du Sud ne revient-il pas sur les grèves de mineurs ?

Géraud Malard :
Nous nous sommes rendus sur place après ces mouvements sociaux. Nous ne pouvions pas les ignorer. Nous, notre travail c’est d’abord et avant tout l’art. Il nous faut trouver un juste milieu entre l’actualité et la chose artistique pour pouvoir donner au public les clés, les points de vue de partage avec les artistes. Nous avons, par exemple, assisté à des échanges très vifs entre les artistes et les représentants officiels sud-africains. En Afrique du Sud, le dialogue artistes-politiques est tendu. Les artistes de ce pays réclament à juste titre une reconnaissance. Nous espérons que cette 10e édition du Festival de Danse Instances favorisera le dialogue, l’échange avec le public, et permettra aux artistes de donner leur point de vue sur les grèves de mineurs d’août dernier.

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