Le Dwayne Show ou le hip-hop autrement

Le hip-hop français a désormais son émission télé sur le câble et le satellite : le Dwayne show. Jean-Jacques Dikoumey, alias Dwayne, veut redorer l’image d’un mouvement culturel stigmatisé par les médias. L’animateur, d’origine camerounaise, officie depuis janvier sur Zik TV. Porte-voix du rap français, il veut sortir l’univers de son actuel ghetto. Avec humour, sérieux et finesse.

Le Dwayne Show[[<1>Le Dwayne Show est une émission mensuelle rediffusée tous les jours sur la chaîne pendant les pics d’audience]] : l’émission du hip-hop français. Le paysage audiovisuel français (PAF) peut désormais compter sur Jean-Jacques Dikoumey, alias Dwayne, et son acolyte Lion Scott[[<2>Par ailleurs animateur radio sur Génération.]] pour donner une nouvelle image du hip-hop dans toute sa dimension et sa richesse culturelle. Haro sur les clichés tenaces d’un mouvement en marche et pour beaucoup emprunt d’une violence exacerbée. Il s’agit ici de faire le pont entre les mondes, de faire découvrir et de partager l’excellence urbaine. Qu’elle soit musicale ou autre.

Afrik.com : Comment définiriez-vous le concept du Dwayne Show?

Dwayne :
Hip-hop et urbain. C’est ce qui manquait un peu au P.A.F, humblement (rires).

Afrik.com : De quand date le projet ?

Dwayne :
Presque deux ans. L’idée est partie d’un pari avec l’un de mes producteurs, Vincent Douine. Il me répétait sans arrêt : « Tu dis que tu es comédien et que tu peux tout faire. Hé bien fais ta propre émission de télé. Tu trouves le concept et je fais le reste ». On a travaillé dessus et l’émission a vu le jour. Ensuite, nous sommes allés voir les patrons de Zik TV, qui ont apprécié dès le départ. Ce sont des gens qui tiennent leur parole et qui respectent leurs engagements, on est restés avec eux et ça se passe très bien.

Afrik.com : L’émission est-elle 100% urbaine?

Dwayne :
Evidemment notre base, notre cheval de bataille, c’est le hip-hop, et plus largement, la culture urbaine. Il faut rappeler que le hip-hop ne se cantonne pas au rap. Le hip-hop est un mouvement culturel extrêmement riche qui englobe la musique, le graffiti, le vêtement (avec tout ce qui est street wear), le langage… Il se peut que plus tard, nous invitions dans l’émission des politiques, des artistes, des acteurs, des écrivains ou des journalistes. Qu’ils soient hip hop ou non. Nous ne sommes pas fermés.

Afrik.com : Pourquoi dites-vous que ce type d’émission manque au P.A.F ?

Dwayne :
Les jeunes portent des baggies (pantalons larges, ndlr), écoutent du rap, certaines petites filles vont à la chorale pour devenir chanteuses, etc. Mais cette culture, n’est pas représentée dans le P.A.F. Il s’agit pourtant un système économique qui marche très bien. Skyrock, Ado, Génération ou Nova, toutes ces radios ont récupéré le phénomène. C’est loin d’être le cas à la télé. Car les producteurs ne savent peut-être tout simplement pas comment travailler le produit. Ils n’ont pas envie de se mouiller et de faire n’importe quoi et donc, ne le font pas.

Afrik.com : N’est ce pas aussi parce que l’image de ce phénomène et des banlieues d’où il est issu, fait peur à beaucoup de monde ?

Dwayne :
Aussi. Les images sont là pour être faites et défaites et la mauvaise image de la banlieue tient au fait que les médias aiment bien montrer ce mauvais côté spectaculaire. Mais il faudrait aussi montrer que dans les quartiers « réputés » difficiles, il y a des jeunes qui s’en sortent et qui essayent d’être des exemples pour la société et pour la jeunesse. C’est ce qu’on va tenter de faire avec le Dwayne Show.

Afrik.com : Cette mauvaise image de la banlieue est certes véhiculée par les médias mais aussi par les artistes qui se présentent souvent comme des mauvais garçons. Ne serait-ce pas finalement les artistes eux-mêmes ou encore le mouvement en général qui alimentent les stéréotypes?

Dwayne :
C’est parce que ça fait vendre! L’image de Bad boys est pour beaucoup un fonds de commerce. Mais ce n’est pas, selon moi, la panacée du rap, ou de l’esprit hip-hop. Tu peux être hip-hop et drôle, hip-hop et cultivé… C’est encore ce qu’on va essayer de démontrer tout au long du Dwayne Show, à travers différentes animations et spectacles.

Afrik.com : J’imagine que vous avez été amené à rencontrer beaucoup d’artistes rap. Les interpellez-vous sur la question des stéréotypes?

Dwayne :
Tous les artistes passeront sur le grill… A vous de regarder le Dwayne Show (rires).

Afrik.com : Qu’est ce qui fait la particularité de l’émission ?

Dwayne :
Le Dwayne Show est différent des autres émissions au niveau du ton. Je travaille beaucoup avec mon coach artistique, Gilles Bellomi, sur les scénettes et sur la manière d’interviewer les artistes. Il fait ressortir ma personnalité et la polie, afin que je puisse être le plus professionnel possible. La Dwayne show est également différent des autres programmes, au niveau du montage. Fabien Dufils, qui fait habituellement des clips, suit un axe assez rythmé, « clipesque ». Et que l’émission dure 26 ou 52 minutes, nous ne voulons surtout pas que le téléspectateur s’ennuie en nous regardant. En fait, nous faisons la télé que nous aimerions voir. Parce que nous en avons marre de voir des émissions qui ne nous plaisent pas.

Afrik.com : Le hip-hop est souvent associé au ghetto. Acceptez-vous cette « vérité » ?

Dwayne :
C’est très subjectif. Ce sont les médias qui ont associé le hip hop au ghetto mais si tu as quelque chose à dire d’intéressant, peu importe d’où tu viennes, ça se saura. Et si vous avez l’esprit hip hop, que vous êtes cool, on vous accueillera les bras ouverts dans le Dwayne Show.

Afrik.com : A qui s’adresse finalement le Dwayne Show ?

Dwayne :
Au plus grand nombre bien sûr. Nous avons déjà passé le cap du média audiovisuel. Nous sommes sur Zik, ce qui n’est pas commun en soi, quand on sait que Zik est souvent considéré comme un « robinet à clips ». Quoiqu’il en soit, ils cherchaient une émission à thème pour bien représenter le hip-hop, sous toutes ses formes et toutes ses couleurs. Donc c’est la tâche à laquelle nous nous attelons. Et nous comptons porter bien haut ce drapeau.

Afrik.com : Est-ce que le Dwayne Show aura une dimension pédagogique?

Dwayne :
C’est vraiment ce qu’on essaiera de faire avec une dimension tout public. Le message qu’on veut faire passer c’est : « amusez-vous », « éclatez-vous » mais aussi « éduquez-vous ». Derrière tout spectacle ou divertissement, il y a une leçon à retenir. Rassembler les peuples, c’est peut-être un peu utopique dans le discours mais c’est que j’aimerais bien arriver à faire.

Afrik.com : Avez-vous déjà pensé à faire des produits dérivés ?

Dwayne :
Mis à part un DVD des meilleurs moments, il n’y a pas encore de marionnettes Dwayne! Ce DVD permet à ceux qui n’ont peut-être pas encore vu le show de regarder les moments collectors, c’est tout.

Afrik.com : Beaucoup utilisent la télévision comme tremplin. Quelles sont les ambitions de l’équipe ?

Dwayne :
L’ambition première est de divertir le public. Peu importe le type de média qui se présente. Maintenant, je suis comédien de formation et j’ai d’autres activités à côté. J’ai une pièce qui s’appelle « Les lascars du show bizz » et qui va se jouer au théâtre du Temple à Paris très prochainement. Mais concernant l’équipe, notre objectif ce n’est pas de faire des films au final ou autre, mais vraiment divertir le public.

Afrik.com : Il n’y a pas beaucoup de Noirs à la télévision. N’avez-vous pas peur d’être catalogué, qu’on vous prenne pour…?

Dwayne :
(Vivement) Le « nègre de service » ? Je vais t’expliquer un truc : il y a quelques jours, Philippe Vandel (célèbre animateur français, ndlr), dans une interview d’Ardisson sur la chaîne Paris Première, expliquait qu’il était contre les quotas, qu’il n’y avait pas besoin d’imposer des Noirs à l’écran mais qu’ils viendraient d’eux-mêmes par leur talent. Je lui répond donc humblement : oui il y a des Noirs qui ont du talent, des Noirs qui font des émissions de qualité, qui se battent et si ça plait au grand public, qui arriveront à terme, dans de plus grands médias.

Afrik.com : Comment vous placez-vous par rapport à la « discrimination positive »?

Dwayne :
De la discrimination, il y en a toujours eu et il y en aura encore et encore. Moi je me contente d’une seule chose : travailler et travailler très dur. Après, comme on dit, petit à petit, l’oiseau fait son nid. Je ne suis ni pour ni contre la discrimination positive, je me contente de faire ce que j’ai à faire et d’avancer. Avec le staff d’Elite record music, on travaille, on crée des choses. On n’a pas le temps d’attendre ou de polémiquer sur les choses qui vont arriver dans un an ou deux. On est dans l’action, dans le présent. Ce n’est pas que ça ne me regarde pas, mais j’ai l’opportunité de faire beaucoup de choses, donc je les fais. Je ne vais pas me lancer dans la polémique sur ce qui « pourrait » être, ce qui « pourrait » arriver. Je laisse les politiques légiférer et je me concentre sur mon travail.

Afrik.com : Hormis ceux qui sont sur le devant de la scène, il y a certainement un mouvement underground qu’on ne connaît pas forcément parce qu’elle n’a pas droit de cité dans les grands médias.

Dwayne :
Jusqu’à aujourd’hui, j’aurais répondu affirmatif mais le Dwayne Show, c’est aussi parler de la face cachée de l’iceberg. Par exemple, la Case Nègre est un groupe vraiment underground qu’on a beaucoup apprécié et qui passera bientôt dans l’émission. Un autre exemple, Ludivine, une chanteuse R’n B qu’on a également beaucoup apprécié et qu’on présentera. Mais il y a aussi des artistes plus connus comme Amel Bent, MC Jean Gab’1 ou Oxmo Puccino, qui lui a été parrain de la première qui sont passés par l’émission et qu’on apprécie. En fait, c’est variable. Notre politique est de parler de ce qui nous plait. Donc que ce soit connu ou pas, on en parlera. Si demain tu viens me voir avec un produit de qualité, que tu es hip-hop tu passeras dans le Dwayne Show. Donc les gars, envoyez tout ce que vous avez à Elite record music, on vous attend avec impatience!

Afrik.com : Nombreux sont ceux qui estiment que l’Hexagone se contente de copier les Américains en matière de hip-hop. Existe-t-il un véritable hip-hop français ?

Dwayne :
C’est simple, il fallait être par exemple la dernière fois au Zénith de Paris au concert de NAS. Il a passé plusieurs morceaux d’artistes français, qui représentaient pour lui le hip-hop français. Ntm, I am, Bubba, Tandem, pour ne citer qu’eux. Les Américains nous écoutent! Il faut aussi rappeler que le marché hip-hop français est le deuxième au niveau mondial, après celui des Etats-Unis. Les Américains nous écoutent et nous observent, il ne faudrait pas croire que nous sommes inutiles.

Afrik.com : Le rap a connu de meilleurs jours en France. Il semblerait qu’il soit quelque peu en panne d’inspiration. Pensez-vous qu’il existe aujourd’hui un renouveau du hip-hop français?

Dwayne :
Au jour d’aujourd’hui je n’en vois aucun, excepté des rappeurs du milieu underground qui montent. Si on devait parler de renouveau, je dirais plus qu’il y a un développement du R’n B, qui est en train de prendre son essor. Mais au niveau du rap français, je pense qu’on tourne en rond. C’est mon avis. Après, j’attends les rappeurs pour qu’ils me démontrent le contraire.

Afrik.com : Vous parlez au niveau musical ou au niveau des textes ?

Dwayne :
Il y a d’excellents concepteurs musicaux en France et d’ailleurs les Américains s’en inspirent quelques fois. Les Français se font « sampler » et ne s’en rendent pas compte. Mais concernant les textes, je dois dire que je trouve ça (hésitant)… assez plat. Enfin disons que les textes sont tous dans le même registre. Le flow (manière de chanter, ndlr), lui, a ses figures de proue comme Bubba, Rohff, Kerry James pour la nouvelle école. Oxmo a réussi à allier les deux. Musicalement et sur le plan des lyrics, il est très fort. Voilà l’exemple d’un excellent compromis. Oxmo Puccino est l’un de mes artistes préférés.

Afrik.com : Pourriez-vous nous citer 5 artistes ou groupes phares qui ont, pour vous, marqué la culture hip-hop française?

Dwayne :
Mc Solaar, qu’on le veuille ou non, NTM, I Am, Assassins, le groupe de base avec Rockin’ Squat et Solo et Doc Gynéco, qui lui, a montré le côté variet’ du hip-hop.

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