Le drame du « Joola », objet de discorde entre la France et le Sénégal

Un hommage a été rendu ce vendredi aux victimes du « Joola » au Sénégal, six ans après le naufrage du ferry. Les répercussions judiciaires du drame sont aujourd’hui à l’origine d’un conflit judiciaire entre la France et le Sénégal.

Les Sénégalais ont célébré ce vendredi la mémoire des victimes du naufrage du « Joola ». Le ferry, propriété de l’armée sénégalaise, assurant la liaison entre la Casamance et Dakar a chaviré le 26 septembre 2002 au large des côtes gambiennes. L’accident avait fait plus de 1 800 victimes dont 22 Français. Les familles se sont recueillies, sous une pluie battante, sur les tombes du « Cimetière des naufragés » de Mbao, dans la banlieue de la capitale Dakar. Alors que les familles des victimes saluent leurs morts, la France et le Sénégal se livrent bataille sur le terrain judiciaire.

Les autorités sénégalaises se jettent dans la bataille judicaire

Neuf mandats d’arrêts internationaux ont été lancés le 12 septembre par Jean-Wilfrid Noël, le juge du tribunal d’Evry, en région parisienne, contre des personnalités sénégalaises. Parmi elles, l’ancien Premier ministre sénégalais Mame Madior Boye. Réponse de la bergère au berger : un mandat d’arrêt international a été requis jeudi par le Sénégal contre Jean-Wilfrid Noël au motif de « l’ouverture d’une information judiciaire » pour « forfaiture et actes de nature à jeter le discrédit sur les institutions sénégalaises ». En France, l’Union syndicale des magistrats (USM) dénonce un « détournement de procédure ».

Le Sénégal avait déjà prévenu qu’elle riposterait si les mandats à l’encontre des responsables sénégalais étaient maintenus. Me Amadou Sall, le porte-parole du président sénégalais Abdoulaye Wade, a évoqué, il y a quelques jours, un risque « d’escalade judiciaire » si ces mandats n’étaient pas annulés. Des avocats sénégalais, dont Me Aïssata Tall Sall, sont arrivés en France mardi pour engager une procédure dans ce sens. « Nous avons bien entamé les démarches et la procédure, et nous irons jusqu’au bout, c’est-à-dire la main levée (annulation, ndlr) de ces mandats illégaux, et l’annulation de toute la procédure », a déclaré l’avocate.

Tous les recours seront utilisés pour obtenir gain de cause

Les familles des victimes se réjouissent, elles, de la décision de la justice française qu’elles ont saisi en 2003. L’affaire du « Joola » a été classée sans suite par les autorités judiciaires sénégalaises. « Nous avons réclamé la vérité, si ça ne peut pas être fait au Sénégal, que ce soit fait ailleurs », a confié ce vendredi à l’AFP Abdou Ndoye. Ce dernier a perdu sa soeur, son beau frère, des cousins et des neveux dans le naufrage du ferry.

Le Sénégal a prévu d’autres moyens de pression, évoqués par Me Amadou Sall pour faire céder les autorités françaises. L’accident entre une mini-moto et une voiture de police, en novembre 2007, qui a tué un jeune Franco-Sénégalais à Villiers-le-Bel (Val-d’Oise) en est un. De même que, l’incendie criminel d’un bus à Marseille en 2006, dont la principale victime a été une étudiante sénégalaise, Mama Galledou, et les reconduites à la frontière musclées de la police française, en sont d’autres. Reste à savoir si le Sénégal, qui se targue d’avoir des relations privilégiées avec la France, ira jusqu’à rompre ses relations diplomatiques avec Paris, comme le Rwanda, si elle n’obtenait pas satisfaction ?

.